Connue pour ses performances intenses et son charisme magnétique, Rim Riahi est l’une des actrices les plus admirées et respectées. À travers son parcours fascinant, elle a su choisir des rôles divers et complexes qui ont démontré l’étendue de son talent. Cette année, elle est à l’affiche du film « La maison dorée » de Selma Baccar. Nous avons également applaudi sa performance dans le feuilleton « Fetna » diffusé au mois de ramadan. Dans cette interview, Rim Riahi partage avec nous les coulisses du tournage, ses réflexions sur sa carrière et ses projets d’avenir.
«Fetna» a été suivi par un grand nombre de téléspectateurs. Comment vivez-vous ce succès ?
Nous recevons des retours positifs de la part de spécialistes du domaine, de nos amis, de nos familles et même de téléspectateurs qui nous croisent dans la rue et lors des soirées ramadanesques. Ça nous fait chaud au cœur quand on nous arrête pour nous dire bravo pour le feuilleton.
Nous suivons aussi les commentaires sur les réseaux sociaux. Il y a des connaissances avec lesquelles nous n’avons pas un contact continu et qui nous appellent spécialement pour nous féliciter. Je ne parle pas uniquement de mon rôle. On ne peut pas triompher seul. C’est un projet, un tout indivisible : l’écriture, la réalisation, la direction d’acteur, le casting, le choix des comédiens, la combinaison parfaite, leur performance, la production, le confort…
Nous avons vu des vidéos qui montrent une bonne ambiance de tournage. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Saoussen Jemni a cet atout de nous mettre tous à l’aise. Elle sait transmettre le message avec des nuances. Il y a cette touche dans la direction d’acteur qui est très importante et une complicité avec le reste de l’équipe, qui collaborent ensemble depuis des années et se connaissent donc par cœur. Certains acteurs de «Fetna» ont déjà l’habitude de travailler avec elle.
Tous les réalisateurs ont, par ailleurs, des acteurs fétiches, ce que je trouve totalement légitime. Ça se passe même depuis l’écriture du scénario. On sait que tel acteur entrera dans la peau de tel personnage et l’incarnera exactement comme il est conçu. Il y avait des générations différentes au plateau. C’était donc un honneur d’être entourés de grands noms qui ont une longue carrière et d’aider les jeunes talents en herbe.
Quand vous recevez des propositions de scénario, est-ce que vous demandez avec qui vous allez jouer ?
Bien sûr. Le partenaire est très important. Je ne regarde pas que mon rôle. Il faut une communication adéquate et une bonne entente. Il ne s’agit pas forcément d’être amis dans la vraie vie, sauf que, pour «Fetna», j’ai eu la chance de collaborer avec des amis de longue date.
Je connais Mohamed Ali Ben Jemaa depuis plus de 30 ans. Nejib Belkadhi, aussi, et Nejla Ben Abdallah sont d’excellentes personnes en plus d’être d’excellents acteurs. L’ambiance que vous avez vue sur les vidéos est vraie. La bonne humeur règne sur le plateau. Même si une tension se crée, elle s’absorbe rapidement.
Parlons du personnage de Malika. D’habitude, dans les drames sociaux, il y a le clan des bons et celui des méchants. Malika semble inclassable.
C’est une vraie personne comme on en croise dans la vraie vie. Elle n’a pas été particulièrement méchante. Tout ce qu’elle voulait, c’était défendre les intérêts de son mari et de sa fille. C’est leur droit avant tout. Malika est femme au foyer mais avait des ambitions. Elle voulait progresser et avoir une autonomie professionnelle. Elle aurait pu être plus cupide, plus manipulatrice. Personnellement, je la trouve correcte dans son attitude.
D’ailleurs, tous les personnages sont réalistes et conçus d’une manière très intelligente pour qu’ils ne soient pas plats. Ils ne sont ni bons ni méchants. Ces modèles sociaux sont très fréquents et le conflit pour l’héritage se pose souvent.
Il y a beaucoup de messages que vous avez passés à travers ce feuilleton, notamment le problème de violence conjugale. Peut-on dire que c’est un feuilleton engagé ?
Evidemment. C’est un feuilleton familial et engagé. En dehors de la violence physique, il y a cette manipulation sentimentale, la torture psychologique. Il y a des hommes qui écrasent leurs femmes et les rabaissent quand ils sentent qu’elles ont du potentiel. C’est une forme de violence qu’on ne peut ni cerner ni prouver et qui détruit à petit feu.
Il y a des scènes d’agression physique entre Idriss et Taha ou quand Aicha se fait tabasser par son mari. Comment les vivez-vous lors du tournage ? Et qu’est-ce que ça vous fait de les revoir sur écran ?
Chaque comédien donne de lui-même pour sortir ce jeu aussi vrai que possible. L’ambiance devient alors électrique parce que l’énergie sera dirigée vers l’énervement, la colère.
Il faut qu’on le sente et qu’on le croie. Saoussen Jemni fait en sorte de mettre les comédiens à l’aise et de les diriger correctement. Après, quand on les regarde sur écran, on les regarde d’une manière technique pour évaluer le rendement final. Le dernier épisode, par contre, on l’a regardé tous ensemble avec beaucoup d’émotion.
Certains auraient voulu voir une fin où Idriss serait plus sanctionné. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Non, au contraire. Idriss est cassé et souffrant à la dernière scène. Finalement, il n’était pas d’une grande cruauté. C’est le caractère typique du fils aîné égoïste qui était proche de son père et s’est senti trahi par la répartition de l’héritage. Il a reconnu ses fautes et cette prise de conscience est un message en soi.
Vous avez enchainé les feuilletons ramadanesques, ces dernières années, et vous êtes également à l’affiche du film «La maison dorée» avec Selma Baccar. Quelle est la recette de votre carrière qui fait rêver les jeunes acteurs ?
Je ne suis pas présente de manière continue dans les feuilletons. La production se limite au mois de ramadan, ce qui donne cette fausse impression que les acteurs qu’on y voit sont toujours les mêmes. Des fois, je ne fais qu’un seul projet par an. L’astuce, pour réussir, c’est de savoir choisir son rôle et avec qui on travaille. On ne se limite pas au papier. Il faut prendre en considération tous les autres éléments: les acteurs, le réalisateur, l’ambiance.. Je suis têtue, j’ai une sorte de flair et je me retire quand je sens que ça ne va pas partir sur de bonnes bases. J’étais super bien entourée depuis mes débuts dans ce domaine. J’ai appris, en observant les aînés, le sens de l’écoute, le respect et surtout à m’investir totalement pour le rôle. Je n’ai pas cherché à être belle dans mes rôles ni à incarner des personnages qui me ressemblent. Quand j’ai joué Zohra dans «Baraa», il y a quelques années, j’ai dû me métamorphoser. J’ai même pris 20 kg en deux mois pour ressembler à la femme populaire soumise dans sa tenue, sa posture… Je fais aussi beaucoup attention concernant ma présence médiatique. Il faut savoir se préserver.
Après «Fetna» est-ce que vous avez d’autres projets en vue ?
Je vais bientôt me relancer dans les Fawazir. On a arrêté de produire ce genre d’émissions parce que ça demande un budget colossal pour les costumes, la construction des décors, la musique. Il faut aussi que le projet soit mené avec beaucoup de soin, de l’écriture jusqu’à la réalisation. Il y aura Zied Litaiem pour la mise en scène. C’est un jeune réalisateur qui cartonne et il a sa vision, son monde qui lui est propre. Le public tunisien est aujourd’hui ouvert aux productions télévisées du monde entier ce qui met la barre très haut. Ce que nous envisageons de faire, c’est le concept des Fawazir remis au goût du jour. J’ai fait cette expérience en 1986 et c’est avec beaucoup d’émotion que je la reprends après 30 ans. J’ai hâte de commencer la concrétisation de ce projet.