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Et si, dans le silence de la nuit, les chats, les chiens, les chevaux… poursuivaient eux aussi des souvenirs, des désirs, des aventures imaginaires que nous ne verrons jamais ? Cette question, aussi poétique que troublante, passionne depuis quelques années les éthologues, les neuroscientifiques et les amoureux du vivant.

Chez l’humain, le rêve naît pendant une phase bien connue du sommeil : le sommeil paradoxal, celui où les yeux bougent sous les paupières closes, où le corps est paralysé, mais où l’activité cérébrale s’emballe. Les chercheurs ont longtemps cru que cette capacité à rêver était le privilège des espèces les plus « évoluées », dotées d’un cortex développé. Mais les données les plus récentes, notamment grâce à l’IRM fonctionnelle et aux enregistrements EEG, nous prouvent le contraire.

Chez le rat, par exemple, une étude menée a montré que lorsque l’animal rêve, les zones de son cerveau impliquées dans la mémoire spatiale s’activent de la même manière que lorsqu’il explore un labyrinthe dans la journée. Autrement dit : il rêve de son parcours, comme nous rêvons parfois d’un voyage ou d’une promenade. D’autres travaux ont suggéré qu’il pourrait même imaginer des alternatives, comme s’il testait différents scénarios. De la mémoire… à la créativité ?

Chez le chat, on observe également un sommeil paradoxal intense. Des expériences ont montré que certains chats privés de cette phase de sommeil développaient des troubles neurologiques. Et lorsqu’on filme un chat profondément endormi, on voit parfois ses moustaches frémir, ses pattes bouger comme s’il chassait une proie imaginaire. Rêve-t-il d’un oiseau, d’une caresse, d’un instant de jeu ? Nous ne le saurons jamais vraiment, mais les indices sont là.

Chez les oiseaux, le phénomène est encore plus fascinant. Certains, comme le zebra finch, un petit passereau australien, semblent répéter leurs chants en rêve pendant la nuit. C’est comme s’ils s’entraînaient pendant leur sommeil. Mieux : leur chant nocturne est plus fluide, plus juste, comme s’ils corrigeaient leurs erreurs. Un apprentissage onirique, au cœur de la nuit.

Et puis il y a les éléphants, les primates, les chiens, les poulpes… Tous semblent vivre un monde intérieur plus riche que ce que l’on a longtemps cru. Chaque espèce possède un sommeil qui lui est propre, mais l’existence de cycles comparables au sommeil paradoxal est désormais bien documentée dans de nombreuses branches du vivant.

Alors, à quoi rêvent les animaux ? Rêvent-ils à nous ? A leurs petits ? A la liberté ? A une fuite, à une chasse, à une rencontre ?

Nous n’aurons jamais la réponse exacte. Et c’est sans doute cela qui rend la question si belle.

Mais une chose est sûre : ils rêvent.

Ils rêvent parce qu’ils ressentent, parce qu’ils vivent, parce qu’ils se souviennent.

Et savoir qu’un animal peut rêver, c’est aussi le regarder autrement. Avec un peu plus de respect, un peu plus de douceur.

Parce qu’au fond, nous partageons avec eux bien plus que la planète : nous partageons l’intime.

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