Mohamed Saber Oueslati est actuellement à l’affiche de « Parasol », la nouvelle comédie romantique signée Heifel Ben Youssef. Aux côtés de Wajiha Jendoubi, qui interprète Lilia, il campe un mari en pleine crise conjugale dans un couple au bord du divorce.
Derrière la légèreté apparente du film se cache un thème profondément humain et actuel. L’acteur nous en dit davantage dans cet entretien.
Vous avez été très suivi dans le rôle de « Dinari » dans la série « Raggouj ». Est-ce que le grand succès de ce personnage a influencé votre choix ou votre interprétation dans le film « Parasol »? Autrement dit, ne craignez-vous pas d’être enfermé dans une catégorie particulière de rôles ?
Dès le premier contact avec le réalisateur Heifel Ben Youssef, j’ai tenu à préciser que je ne voulais surtout pas incarner un personnage ressemblant à Dinari. J’aurais pu adopter une approche purement commerciale et profiter de la notoriété de ce rôle pour continuer dans le même registre. Mais un acteur ne se résume pas à un seul personnage. Il doit explorer une multitude de rôles et de facettes.
Jouer un rôle totalement différent constituait un vrai défi. Je tenais à ce que le public me voie autrement et m’accepte dans un univers différent. J’ai déjà une carrière au théâtre, dans l’écriture et la mise en scène. Je ne suis pas donc prêt à tout sacrifier pour rester enfermé dans une seule image.
«Parasol» marque votre premier grand rôle au cinéma. Etait-ce pour vous l’accomplissement d’un rêve ou une évolution naturelle dans votre parcours?
J’ai commencé par le théâtre, puis j’ai poursuivi avec les chroniques sarcastiques à la radio. La télévision est venue ensuite, et aujourd’hui le cinéma. « Parasol » est effectivement mon premier rôle sur grand écran. J’ai toujours rêvé de jouer dans un film et ce projet est venu concrétiser ce désir de longue date.
Le film est une comédie romantique, mais on a l’impression que le côté comique domine dans votre rôle. Peut-on vous qualifier d’acteur comique ?
Non, je ne souhaite pas être présenté comme acteur comique. J’aime aussi interpréter des personnages tragiques. Je me considère comme un acteur polyvalent. D’ailleurs, même « Dinari » oscillait entre le comique et le dramatique. Certaines scènes avec Hamid étaient aussi profondément émouvantes.
Avec le réalisateur, nous avons convenu que le comique ne devait pas être une fin en soi, mais un moyen d’attirer le spectateur, de le toucher et de faire passer un message.
«Parasol» est un film léger et novateur dans le paysage cinématographique tunisien. C’est, en effet, la deuxième comédie romantique produite en Tunisie. Quel public visiez-vous ?
Nous sommes ravis que le film ait attiré un public nombreux et très varié. Les réactions tout au long de la projection oscillent entre rires et émotion. Voir des familles entières avec des enfants venir découvrir le film nous a particulièrement touchés. C’est aussi une grande satisfaction de constater que « Parasol », aux côtés d’autres productions récentes, a contribué à réconcilier le public avec les salles de cinéma désertées depuis quelques années.
Il fut un temps où le cinéma tunisien était loin du vécu de notre société et le public était totalement désintéressé. Nous avons besoin de films qui reflètent notre mentalité, nos préoccupations et notre quotidien. Le thème du divorce, bien qu’il soit grave, est abordé ici avec légèreté. Le sujet reste lourd de sens et nous avons voulu le traiter d’une manière accessible et non compliquée
Au final, quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce film ?
«Parasol» n’est pas un film superficiel, simplement destiné à faire rire. Comme le divorce est devenu un phénomène de plus en plus fréquent, nous avons voulu aborder l’une de ses causes dont on parle rarement : l’inégalité entre les deux conjoints.
Dans le film, Lilia évolue sur les plans intellectuel, professionnel et social, tandis que Hamid reste figé. Cette différence crée un déséquilibre qui finit par fragiliser le couple. Dans notre société, une femme qui progresse dans sa vie a souvent du mal à accepter un mari qui, lui, stagne. C’est un thème très actuel.
Les personnages sont donc ancrés dans la réalité ?
Oui, tout à fait. Beaucoup de couples vivent cette inadéquation. Hamid incarne l’image du père de famille qui se sacrifie en silence pour subvenir aux besoins des siens, souvent au détriment de son propre épanouissement. Il peut sembler effacé, mais son rôle au sein du couple est essentiel.
Dans le film, Hamid tente de se métamorphoser pour reconquérir sa femme, en suivant les conseils de son ami. On retrouve des scènes similaires dans plusieurs films arabes et étrangers, comme « Crazy, Stupid, Love ». Est-ce qu’il y a une œuvre qui vous a inspiré pour interpréter Hamid ?
On m’a effectivement parlé de ce film et d’autres du même genre, mais je ne les ai pas vus. Pour « Parasol », nous avons créé Hamid à partir du scénario de Heifel Ben Youssef. Ses tics, sa façon de parler, sa posture… ce sont des propositions que j’ai faites au réalisateur.
Chaque acteur a d’ailleurs apporté ses propres suggestions pour donner de la profondeur à son personnage et nous avons longuement échangé avec le metteur en scène à ce sujet. Il est vrai que le thème a déjà été abordé dans d’autres films. D’ailleurs, au cinéma, il n’existe presque plus de sujets totalement inédits. Mais ce qui fait la différence, c’est la manière de le raconter. Nous avons voulu que notre histoire soit authentiquement tunisienne, qu’elle reflète notre réalité et notre manière de vivre.
Les événements se déroulent à Hergla. On remarque que le lieu occupe une place importante dans le film, plus qu’un simple décor. Etait-ce un choix délibéré ?
Oui, tout à fait. C’est d’ailleurs une marque de fabrique de Heifel Ben Youssef. C’était déjà le cas dans son premier film où il avait mis en valeur la beauté de Djerba. Cette fois, il a choisi Hergla, une région que j’ai moi-même découverte à cette occasion.
Le réalisateur souhaite promouvoir certains coins de la Tunisie à travers ses œuvres. C’est une belle démarche, car l’art peut aussi être une vitrine pour notre patrimoine. D’ailleurs, de nombreux pays utilisent le cinéma et les séries pour mettre en avant leur culture et leur tourisme. Les Egyptiens et les Turcs le font très bien. Nous connaissons tous des lieux étrangers que nous n’avons jamais visités uniquement grâce aux films et aux feuilletons. Il est temps que le cinéma tunisien fasse de même.
Quels sont vos projets après « Parasol » ?
Je vais entamer très prochainement le tournage d’une série comique qui sera diffusée sur El Hiwar Ettounsi au mois de Ramadan.
Parallèlement, je prépare mon premier one man show que j’ai moi-même écrit et que je compte présenter au mois de janvier. Ce sera un spectacle à la fois comique et critique. Le théâtre, pour moi, reste un espace de liberté d’expression par excellence, un lieu où l’on peut dire les choses franchement, mais toujours avec humour et sens.