En janvier, l’entreprise se réveille comme une ruche secouée. Nouveaux objectifs, tableaux de bord mis à jour, réunions qui s’enchaînent, injonction à “démarrer fort”. Cette rentrée professionnelle a des airs de sprint collectif où chacun est sommé de prouver, dès les premières semaines, qu’il sera à la hauteur. Résultat : avant même d’avoir produit quoi que ce soit, beaucoup ressentent déjà une forme d’essoufflement.
La psychologie du travail parle de fatigue de projet : ce sentiment d’usure précoce qui naît quand la pression précède le sens. Et si, en 2026, la performance ne passait plus par l’accélération, mais par une autre façon d’entrer dans l’année ?
Le piège de l’urgence permanente
Nous travaillons de plus en plus dans un climat d’immédiateté. Répondre vite, décider vite, livrer vite.
Cette urgence, devenue norme, est pourtant l’ennemie silencieuse de la qualité. Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi a montré que l’expérience optimale au travail n’est pas liée à la vitesse, mais à l’état de “flow” : ce moment où l’on est totalement absorbé par une tâche exigeante mais porteuse de sens, au point d’en oublier le temps qui passe.
Or, l’urgence permanente fragmente l’attention. Elle impose le multitâche, multiplie les interruptions et empêche cette immersion profonde. En début d’année, démarrer sous pression revient souvent à saturer d’emblée la charge mentale des équipes.
À court terme, on donne l’illusion d’une activité intense ; à moyen terme, on érode la créativité, la concentration et le plaisir de bien faire. La vraie question n’est donc pas “comment aller plus vite ?”, mais “comment travailler mieux, sans s’épuiser ?”.
Redonner du sens grâce au “Job Crafting”
Face à cette pression, certains salariés ont le sentiment de subir leur travail plus que de le choisir. C’est là qu’intervient le concept de Job Crafting, développé par les chercheuses Amy Wrzesniewski (Yale) et Jane Dutton (Michigan). Leur idée est simple mais puissante : même sans changer de poste, il est possible de reconfigurer son travail de l’intérieur pour qu’il corresponde davantage à ses forces et à ses valeurs.
Cela peut passer par de petits ajustements dans la manière d’accomplir ses tâches, en cherchant plus d’autonomie ou de créativité dans des missions routinières. Cela peut aussi concerner les relations : s’entourer davantage de collègues stimulants, créer des coopérations qui donnent de l’énergie plutôt que d’en prendre. Enfin, il y a la perception du travail lui-même : prendre conscience de l’impact, même discret, de ce que l’on fait. Un rapport qui aide à décider, un client rassuré, un collègue soutenu. Redonner du “pourquoi” à ses actions agit comme un antidote à la lassitude.
Les recherches montrent que le Job Crafting augmente l’engagement et réduit le risque de burn-out. Non pas parce qu’on travaille moins, mais parce qu’on travaille en cohérence avec ce que l’on est.
L’écologie mentale, clé de la performance durable
Mais donner du sens ne suffit pas si l’on continue à se disperser. Le psychologue Roy Baumeister a démontré que la volonté fonctionne comme une ressource limitée: plus on la sollicite, plus elle s’épuise. En janvier, vouloir tout changer à la fois, nouvelles méthodes, nouveaux objectifs, nouvelles habitudes, revient à vider cette réserve en quelques semaines.
D’où l’intérêt de penser en termes d’écologie mentale. Plutôt que de multiplier les priorités, choisir une priorité phare pour l’année : le projet ou la réalisation qui, s’il aboutissait, donnerait le sentiment d’avoir vraiment avancé.
Le reste relève de la gestion courante. Cette focalisation réduit la dispersion et redonne de la clarté.
L’écologie mentale, c’est aussi accepter que la performance se prépare dans le repos. Savoir fermer les dossiers dans sa tête en même temps que l’ordinateur, cesser de ruminer les mails tard le soir, s’autoriser de vraies pauses.
Dans une culture qui valorise l’hyperdisponibilité, cela peut sembler contre-intuitif. Pourtant, la clarté de demain naît souvent du silence d’aujourd’hui.
L’avis de l’expert :
“On ne gère pas son temps, on gère son énergie. En 2026, l’employé le plus précieux ne sera pas celui qui accumule les heures, mais celui qui sait préserver sa lucidité.”
L’exercice pratique :
la liste des “Stop”
On commence toujours l’année par une to-do list. Et si, cette fois, vous faisiez l’inverse ? Prenez une feuille et notez trois habitudes professionnelles qui vous coûtent beaucoup pour peu de valeur : consulter ses mails après 20h, accepter des réunions sans objectif clair, déjeuner systématiquement devant l’écran, dire “oui” par réflexe.
Engagez-vous à en supprimer au moins une dès cette semaine. Vous n’ajoutez rien à votre agenda, vous créez de l’espace. Et parfois, c’est précisément cet espace qui permet à la respiration, à la réflexion et, finalement, à la performance de revenir.
En 2026, peut-être que la vraie audace au travail ne sera pas d’accélérer encore, mais de ralentir juste assez pour retrouver du sens, de la maîtrise et de l’énergie. Car dans un monde saturé d’urgence, savoir respirer devient une compétence stratégique.