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Ibaa Hamli est une actrice déterminée qui enchaîne actuellement les rôles avec brio. Elle est à l’affiche de deux films qui sortiront bientôt en salles : « Poids plume » de Ghazi Zaghbani et « La femme sans visage » de Mokhtar Ladjimi. Elle campe également le rôle principal dans la pièce de théâtre « Résidence Chahira » mise en scène par Abdelaziz Meherzi. Entretien.

Vous êtes titulaire d’un doctorat en beaux-arts. Est-ce que votre carrière d’actrice et vos études artistiques se rejoignent ?

Le jeu d’acteur me fascinait depuis mon plus jeune âge. Cette passion s’est renforcée durant mes études. Mon institut était juste à côté de l’ISAM où je passais déjà énormément de temps. Beaucoup de mes amis y étaient et j’assistais souvent à leurs PFE. Il y avait donc une vraie transmission artistique entre nous. Pour moi, ce sont deux domaines complémentaires. D’ailleurs, mon PFE et mon master ont porté sur le cinéma. Ma thèse de doctorat était consacrée au théâtre. Je recherche toujours une approche pluridisciplinaire. Aujourd’hui, je me rends compte que mes études et ma carrière se rejoignent autour d’une même passion.

Vous avez fait du théâtre, du cinéma et des feuilletons. Lequel de ces domaines préférez-vous ?

« Flashback» est le feuilleton qui m’a surtout fait connaître du grand public comme il a été diffusé en prime time. C’est un rôle que j’aime beaucoup et qui m’a valu le Prix de la Révélation de l’année. Le théâtre m’a énormément appris. Il forme, il forge et il procure des émotions spécifiques. Chaque représentation est unique, depuis le trac avant de monter sur scène jusqu’au contact direct avec le public. On se redécouvre donc à chaque fois. J’aime aussi beaucoup le cinéma car je suis cinéphile. J’aime ces trois domaines. Chacune de ces disciplines me tient à cœur. Mais le théâtre reste, comme on dit, le père des arts.

On vous voit souvent sur plusieurs projets durant une même période. Comment arrivez-vous à concilier ces engagements ?

Je veille à ne pas cumuler deux pièces en phase de création en même temps. Quand nous avons monté « El Firma », par exemple, ce n’est qu’après plusieurs représentations que j’ai enchaînées avec « Othello et après. ». Il m’est arrivé d’avoir une représentation d’« Othello et après» . en Jordanie, puis seulement deux jours plus tard « El Firma » en Tunisie. Il m’arrive souvent de travailler dans plusieurs pays et sur plusieurs projets à la fois. J’aime profondément ce métier et c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Je ne me plains donc pas de la fatigue. Il y a une énergie nourrie par la passion qui me permet de supporter l’épuisement, l’insomnie et qui me surprend parfois moi-même.

Pour « Résidence Chahira », comment s’est passée votre collaboration avec Abdelaziz Meherzi ?

J’avais déjà joué avec sa fille, Oumayma, dans la pièce « El Mdak ». C’est à cette occasion qu’il m’a connue. Lorsqu’il a commencé à préparer une nouvelle pièce, il souhaitait nous avoir toutes les deux dans cette aventure artistique. Le projet n’est malheureusement pas allé jusqu’au bout et les représentations ont été interrompues. Il m’a ensuite recontactée pour m’accorder le rôle de Chahira. C’est un artiste de très haut niveau et nous lui vouons tous un immense respect. Il se distingue par une grande finesse et un raffinement particulier et il sait parfaitement gérer un groupe, notamment lorsqu’il s’agit d’artistes femmes. Cette adaptation est d’ailleurs un véritable hommage aux femmes, notamment celles que le regard des autres réduit à un statut particulier. Il y a beaucoup d’humour et de subtilité, loin de donner des leçons de morale de manière explicite. On y voit que la femme ne choisit pas un homme pour ses cadeaux ou sa protection, mais par amour. C’est ce que Chahira voulait démontrer. Elle a tout. Si elle choisit un homme, c’est certainement par passion.

Ce rôle est-il différent du personnage de Rouaida dans « Poids Plume » de Ghazi Zaghbani et qui était elle aussi une femme déterminée et autonome ?

Oui, Rouaida est une femme indépendante issue d’un quartier populaire. Elle soutient Kamel, le protagoniste, dans sa dépression et son deuil. Elle l’encourage à devenir une meilleure version de lui-même. C’est une femme ambitieuse, sans pour autant être matérialiste, tout comme dans la pièce de théâtre dont le feuilleton est adapté.

Vous avez joué dans des feuilletons étrangers, notamment en Algérie, en Libye et à Amman. Comment surmontez-vous la difficulté du dialecte ?

Je vais vous raconter une anecdote en exclusivité. J’ai participé au feuilleton « Mouaouia » avec un rôle important. Cependant, à la suite de la polémique qui a précédé la diffusion, la production a décidé de supprimer les axes fictifs qui n’étaient pas historiquement vérifiés. Mon rôle a donc été retiré, tout comme ceux de plusieurs acteurs célèbres, dont de grands noms syriens. C’était une déception pour moi car le rôle était particulier et je pense l’avoir bien interprété. La production s’est excusée, mais cela reste frustrant.

Dans le feuilleton jordanien, nous incarnions une famille tunisienne. Le dialecte a été simplifié dans le scénario afin qu’il soit compréhensible. Pour les autres productions, il y a eu des coachs pour nous accompagner et nous aider à maîtriser le dialecte. J’accorde beaucoup d’importance à cette phase de préparation qui précède le tournage. En Tunisie, on ne nous donne pas suffisamment de temps pour nous organiser, contrairement aux productions étrangères.

Après ces expériences multiples, pensez-vous avoir déjà incarné le rôle de votre vie ?

Je pense qu’il est encore trop tôt pour le dire. J’attends une opportunité qui me permettra d’exploiter pleinement mes capacités, surtout quand c’est un texte bien écrit. Pour l’instant, je cherche à interpréter de bons rôles. Mais, je suis convaincue qu’à force de travail, le grand rôle finira par arriver.

Comment vous projetez-vous dans dix ans ?

Je veux avant tout être heureuse et souhaite toujours garder la conscience tranquille. Le bonheur dépend évidemment du succès professionnel, mais aussi de la vie sociale et sentimentale.

En dehors de votre carrière d’actrice, quels sont vos centres d’intérêt ?

Je veux me lancer dans l’écriture et la mise en scène. J’aimerais monter mon propre projet et je pense que cela ne tardera pas. Mes amis m’encouragent beaucoup et me confirment que j’ai des idées intéressantes. Je commence à ressentir cette urgence de créer et le passage à l’action approche. Les tournages me ralentissent certainement, mais ça ne tardera pas.

Est-ce qu’on vous verra à la télévision pendant le mois de Ramadan ?

Oui. J’ai un projet sur Telvza TV avec le réalisateur Mohamed Khalil Bahri. Le feuilleton s’intitule « Ghaybouba ». C’est notre première collaboration et j’en suis agréablement surprise. Il a de grandes qualités. Il est ambitieux et il avance à grands pas. De plus, il sait très bien diriger les acteurs. Le casting comprend aussi Mohamed Ali Ben Jemaa, Moez Gdiri, Chekra Rammeh et Sara Cherif. C’est une très belle équipe. Le tournage se déroule dans une excellente ambiance. J’espère que cette belle énergie sera ressentie par le public.

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