Le taekwondo est un art martial d’origine sud-coréenne, dont le nom peut se traduire par « La voie des pieds et des poings». Ce sport est devenu la panacée des athlètes tunisiens hommes comme femmes. En effet, 4 taekwondoïstes tunisiens ont participé aux Jeux Olympiques de Paris 2024, constituant un accomplissement historique pour le taekwondo africain. Une des figures de proue de cette discipline sportive en Tunisie est Mohamed Khalil Jendoubi. Il s’est imposé comme l’un des plus grands taekwondoïstes africains et mondiaux grâce à un parcours exceptionnel, construit dès les catégories jeunes et marqué par une régularité au plus haut niveau. Révélé en 2018 avec une médaille d’or aux Jeux africains de la jeunesse à Alger (–48 kg) et une médaille de bronze aux Jeux olympiques de la jeunesse à Buenos Aires, il confirme rapidement chez les seniors en remportant l’or aux Jeux africains de 2019 à Rabat (–54 kg). Dominateur sur le continent, il enchaîne les titres africains en–58 kg (Dakar 2021, Kigali 2022) puis en–63 kg (Abidjan 2023), tout en s’illustrant sur la scène mondiale avec une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, une médaille de bronze aux Championnats du monde 2022 à Guadalajara et une prise de la tête du classement mondial en novembre 2022. L’année 2023 confirme son hégémonie africaine avec deux médailles d’or aux Jeux africains d’Accra et aux Championnats d’Afrique, avant qu’il n’ajoute une médaille de bronze olympique à Paris 2024. Apogée de sa carrière, il décroche enfin le titre mondial en –63 kg aux Championnats du monde 2025 à Wuxi, consacrant un athlète complet, polyvalent et durablement installé parmi l’élite mondiale du taekwondo. A 23 ans bien comptés, Jendoubi n’entend pas en rester là et a d’autres objectifs à poursuivre et de nouvelles médailles à conquérir dont l’or olympique qui manque à son tableau de chasse. Grâce à son nouveau sponsor Ooredoo, il peut nourrir de telles ambitions et voir plus grand.
Mohamed Khalil Jendoubi, vous êtes aujourd’hui champion du monde de taekwondo. Revenons au début : comment est née votre passion pour cet art martial et à quel âge avez-vous enfilé le dobok pour la première fois ?
«J’ai commencé le taekwondo depuis l’âge de 4 ans. J’allais chaque jour à la salle de sport avec mon père, car il est entraîneur et propriétaire de la salle. Il a commencé à m’initier à ce sport et j’ai commencé à m’entraîner assidûment. Mon père avait estimé alors que je pouvais me lancer dans une carrière de taekwondoïste et il a décelé un talent qui pouvait m’emmener loin. J’ai participé pour la première fois aux Championnats de Tunisie à l’âge de 5 ans. Je concourais dans la catégorie des moins de 19 kg et, à partir de là, j’ai commencé à progresser et à m’affirmer. J’ai commencé à représenter la Tunisie et à l’honorer en intégrant l’équipe nationale de taekwondo. Après cela, mon rêve a commencé à grandir depuis les Jeux olympiques de la jeunesse de 2018, puis les Jeux olympiques de Tokyo, ensuite ceux de Paris et enfin les Championnats du monde. Mon rêve a donc pris forme».
Le taekwondo est un sport exigeant, physiquement et mentalement. Quelles ont été les principales difficultés et les obstacles que vous avez dû surmonter sur votre chemin vers l’élite mondiale?
«Le taekwondo est un beau sport. Il faut avoir de bonnes habitudes alimentaires et ne pas trop s’alimenter et se nourrir de façon convenable. Pareil, en sport, on doit dormir tôt et nous les jeunes on aime bien veiller et dormir tard. Mais comme je rêve d’atteindre l’élite mondiale, je dois de ce fait veiller à bien dormir et à bien manger. Je dois m’entraîner assidûment et fournir beaucoup d’efforts parce que l’entraînement comporte énormément de fatigue. Aux Jeux Olympiques de Tokyo, j’ai suspendu le passage de l’examen du baccalauréat parce que c’était une occasion unique à saisir qui pouvait ne pas se reproduire, contrairement à l’épreuve du baccalauréat. Il y a beaucoup de sacrifices consentis à ce niveau de la compétition et rien ne s’obtient avec facilité».
Votre parcours est aussi celui d’un athlète tunisien évoluant sur la scène internationale. En quoi représenter la Tunisie constitue-t-il une motivation particulière pour vous à chaque combat ?
«Réellement, pendant les compétitions mes yeux s’illuminent à chaque fois que le drapeau tunisien est planté haut, en plus de l’hymne national qui résonne au milieu de la salle. Que tout le monde écoute notre hymne national, aux côtés de drapeaux de pays plus développés et qui dépensent beaucoup d’argent, investissant massivement dans le sport pour rafler des médailles. Hamdillah, je reste concentré et déterminé à atteindre mon objectif par tous les moyens. Je veux faire flotter haut le drapeau de mon pays. Je veux rendre les Tunisiens heureux, ceux qui m’attendent et m’encouragent sans cesse. Pareillement, je veux rendre heureux ma famille et celle du taekwondo en leur relevant la tête, ainsi que celle de mon pays».
Quels souvenirs gardez-vous de vos premiers pas en compétition? Y a-t-il un combat ou un tournoi qui a marqué un tournant décisif dans votre carrière ?
«Les Jeux Olympiques de Tokyo en 2021 ont été le premier tournoi international en tant que Sénior à titre personnel. Je me suis qualifié et je connaissais mon adversaire en demi-finales en la personne du Coréen Jang Jun plus âgé que moi et mon exemple dans le taekwondo. Je me suis dit je n’ai qu’à montrer ma valeur et je pourrais m’offrir une finale historique. C’était mon plus grand jour. C’est ce que j’ai fait à force de travail et ce qui a représenté mon 2e plus grand accomplissement jusqu’à ce jour».
Quel rôle ont joué votre famille, vos entraîneurs et votre entourage dans votre réussite sportive ?
«Bien sûr l’entourage proche c’est l’élément le plus important à titre personnel. De la même manière que mon entourage peut me hisser haut, il peut faire l’inverse. Je dois savoir qui suivre, avec qui rester. Le soutien des membres de la famille est très important. Leurs encouragements, leur présence physique, leurs appréhensions. Aux Olympiades de Tokyo, toute ma famille n’a pas dormi et a veillé tard, parce que c’était alors la nuit chez eux à cause du décalage horaire. Ils me regardent et me supportent durant tous les instants de mes combats. La famille et l’entourage proche, c’est le plus important».
Le taekwondo véhicule des valeurs fortes comme le respect, la discipline et la persévérance. En quoi ce sport a-t-il façonné votre personnalité et votre vision de la vie ?
«Bien entendu, le taekwondo est essentiellement un sport qui nécessite beaucoup de discipline, de volonté individuelle, de respect mutuel et de professionnalisme. Si l’on ne saisit pas l’importance de ces valeurs, on n’est pas considéré comme un sportif et on n’a pas l’étoffe d’un athlète. Ma famille m’a élevé avec soin et bienveillance, ce qui m’a permis de développer une personnalité forte et combative. Je l’ai développée personnellement pour devenir fort mentalement. Pour être bien conservé et prêt dans ma tête psychologiquement et physiquement. Mon moral est toujours au beau fixe. Comme je vous l’ai dit, l’essence du sport réside dans l’éthique, le respect et la discipline avant tout».
Pensez-vous que votre nouveau sponsor Ooredoo va pouvoir apporter un plus à votre carrière outre le soutien du Comité National Olympique Tunisien (Cnot) et de quelle manière cela pourrait l’impulser pour viser plus grand et plus fort en raflant l’or olympique aux prochains JO ?
«C’est mon plus grand objectif, je n’ai pas réussi à le concrétiser à Tokyo, ni à Paris, j’espère le faire en Amérique lors des JO de Los Angeles 2028. Ce partenariat va consolider mon parcours et me permettre de relever de nouveaux défis et d’atteindre de nouveaux objectifs. Je veux les remercier tous, en particulier M. Mahrez Boussayène, président du Cnot, qui a été d’un grand apport et un facilitateur dans ce dénouement sur le plan sportif avec ce sponsor de premier choix. Ce contrat est de 3 ans, pas seulement d’une année, chose qui me ravit. Je félicite tous mes partenaires. Inchallah, à l’instar de moi qui suis premier mondial dans ma discipline sportive, mon nouveau partenaire Ooredoo reste le premier et meilleur réseau en Tunisie. Pourvu qu’on poursuive notre rêve et qu’on concrétise nos objectifs».
Enfin, quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes Tunisiens qui rêvent de réussir dans le sport, mais aussi dans la vie, à travers l’exemple de votre parcours ?
«Premièrement, le message pour les jeunes et ceux qui veulent atteindre leurs objectifs, c’est qu’il n’y a rien d’impossible. Mais rien n’aboutit facilement. Tout dépend des sacrifices fournis, de l’action et de la discipline. Je souhaite de la réussite à tous, notamment ceux et celles qui veulent atteindre leur objectif de porter haut l’étendard de la Tunisie. Le travail, la discipline, la rigueur et la volonté sont indispensables. Fixe tes objectifs, place ton rêve sportif en ligne de mire et tu y arriveras !»