Au cœur de la capitale, la Médina de Tunis change d’atmosphère pendant le mois de Ramadan. Elle devient profondément spirituelle. Dès les premières heures de la journée, les ruelles étroites s’animent avec une énergie particulière. La lumière du matin éclaire les portes en bois sculpté et les façades des maisons anciennes, tandis que les habitants commencent leur routine : certains se dirigent vers les marchés pour acheter les ingrédients de l’iftar, d’autres visitent les mosquées pour la prière ou la lecture du Coran. Ainsi, la Médina avec ses mosquées, ses maisons d’hôtes, ses restaurants et ses cafés connaît une dynamique spirituelle, culturelle et économique durant le ramadan.
Les rues principales comme la Rue du Pacha et la Rue Sidi Ben Arous vibrent déjà des bruits des artisans et des marchands. Dans le Souk El Attarine, les étals sont colorés et odorants : épices, encens, savons parfumés et tissus traditionnels se mêlent aux conversations des clients et aux rires des enfants. Les artisans travaillent avec précision : le dinandier martèle le cuivre, le cordonnier ajuste des babouches, et les pâtissiers préparent d’avance zlabia, makroudh et baklawa pour le soir.
Les mosquées restent le cœur spirituel de la Médina. La Mosquée Zitouna attire les fidèles toute la journée, mais d’autres lieux comme la Mosquée Sidi Mahrez, la Mosquée Youssef Dey ou la Mosquée de la Kasbah accueillent aussi les prières et offrent des espaces calmes pour méditer. Les galeries et les cours de ces mosquées permettent aux fidèles de se recueillir à l’abri de l’agitation des ruelles.
À l’approche du coucher du soleil, la ville change d’atmosphère. Les ruelles s’emplissent de passants pressés, les sacs se chargent de zlabia, makrouth, de pain et de dattes, et les cafés se préparent pour l’afflux des clients après l’iftar. L’appel du moghreb suspend l’activité un instant : un silence solennel enveloppe les rues et les cours des maisons. Puis, la Médina explose doucement de vie lorsque les familles se réunissent pour rompre le jeûne, partageant la chorba, les bricks et les pâtisseries traditionnelles. Les restaurants de la vieille ville s’animent pour accueillir les visiteurs, ceux qui choisissent de rompre le jeûne en dehors des maisons et dans des lieux chargés d’histoires. C’est autant un plaisir culinaire qu’une expérience humaine et culturelle, où gastronomie, rencontres et spiritualité se mêlent dans un cadre unique.
Après l’iftar, la Médina entre dans sa deuxième phase : celle des nuits lumineuses et animées. Les lanternes éclairent les rues et les places, donnant aux pierres centenaires un éclat presque magique. Les cafés traditionnels deviennent des lieux de rencontre incontournables.
Au Café M’Rabet, on s’attarde autour d’un thé à la menthe en discutant, tandis que le Café El Chawachine attire les habitués du quartier pour des soirées conviviales. Le Café du Souk accueille les visiteurs venus admirer l’ambiance nocturne et écouter les musiques traditionnelles parfois jouées par des musiciens dans les ruelles.
Les fidèles se dirigent à nouveau vers les mosquées pour la prière des tarawih. La Mosquée Zitouna, comme toujours, devient un centre de recueillement intense. Les voix des imams résonnent sous les arcades, et la ferveur religieuse se mêle à la vie sociale : certains échangent des nouvelles, d’autres prennent le temps de méditer sous les lanternes.
Ainsi, la Médina de Tunis pendant Ramadan offre un spectacle unique où le patrimoine, la spiritualité et la vie quotidienne se rencontrent à chaque coin de rue. Du matin au soir, entre ruelles animées, mosquées historiques et cafés chaleureux, elle révèle une richesse culturelle et humaine incomparable, faisant de Tunis une ville vivante, fidèle à son histoire et à ses traditions.