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Photos : Nedra TOUMI

Du nouveau s’invite aujourd’hui sur la Télévision Nationale, un nouveau souffle, une nouvelle grammaire visuelle et narrative qui rompt avec les sentiers battus. Nouveau, d’abord, par son traitement audacieux ; nouveau, ensuite, par son genre, puisque El Matbaa explore les territoires du thriller psychologique, loin des feuilletons traditionnels arrimés au seul registre du drame social cru. Avec cette œuvre, Mehdi Hmili propose une plongée haletante dans les zones d’ombre de l’âme humaine et signe une fiction qui conjugue tension dramatique et profondeur existentielle. Fière de soutenir la production audiovisuelle nationale, « Snipe La Presse » a eu le privilège de contribuer à cette aventure en mettant à disposition les locaux de ses imprimeries, devenus un décor central et vibrant de l’intrigue. Ces espaces, chargés d’encre et de mémoire, ont offert au feuilleton une authenticité rare, conférant à l’image une texture singulière, presque organique. C’est d’ailleurs entre ces murs, au rythme des machines et entre deux prises, que nous avons rencontré Younes Ferhi, figure pivot de ce thriller captivant.

Dans le feuilleton Al Matbaa, votre interprétation frappe par son intensité émotionnelle. Aviez-vous pressenti une telle charge dès la lecture du scénario ?

Absolument. Dès les premières pages, j’ai compris que Mehdi Hmili avait écrit un rôle d’une densité rare. L’émotion n’y est jamais décorative ; elle est constitutive du personnage. Nejib ne se contente pas d’exister à l’écran, il se débat, il vacille, il espère encore. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la précision de l’écriture : aucun détail n’est laissé au hasard, chaque silence a son poids, chaque regard sa nécessité. Pour un acteur, c’est un privilège inestimable. Endosser un tel rôle, c’est accepter d’en habiter les interstices, d’en explorer les zones d’ombre.

Aujourd’hui encore, certaines journées de tournage demeurent éprouvantes — par les conditions, par la charge psychologique aussi. Mais cette difficulté est féconde : elle nous oblige à dépasser nos réflexes, à donner davantage que ce que nous pensions pouvoir offrir.

Que vous a apporté ce personnage dans votre parcours ?

Nejib m’a ouvert un territoire intérieur que je n’avais pas encore exploré. Il m’a conduit vers un « mood » inédit, une tonalité plus grave, plus introspective. À travers lui, c’est toute une génération qui se raconte — la mienne. Une génération qui a grandi dans le tumulte des idéaux, qui a traversé les grandes secousses de la fin des années 1960 et les mutations profondes des années 1970 en Tunisie. Une génération qui a connu des élans magnifiques, mais aussi des désillusions cinglantes.

Nejib incarne ces artistes talentueux que le monde n’a pas toujours su accueillir. Il symbolise cette mécanique implacable par laquelle les ambitions se trouvent peu à peu érodées, parfois ensevelies. Interpréter un tel personnage exigeait de la retenue, presque de la pudeur. J’ai abordé ce rôle avec une grande prudence, conscient qu’il ne s’agissait pas seulement de jouer, mais de témoigner.

Il s’agit également de votre première collaboration avec Mehdi Hmili. Comment la décririez-vous ?

Mehdi Hmili est un réalisateur d’une intelligence aiguë. Il sait précisément ce qu’il cherche, et cette clarté est précieuse. Il ne laisse rien au hasard, mais il offre paradoxalement un espace de liberté à ses acteurs. Cette collaboration m’a permis de me délester des anciennes peaux de mes personnages passés et de me réinventer. Al Matbaa regorge, par ailleurs, de figures remarquablement ciselées, dont les interactions avec Nejib nourrissent la dramaturgie. Ce projet m’a réinjecté dans une dynamique théâtrale exigeante, presque organique. Il m’a également permis de découvrir de jeunes talents d’une maturité saisissante. Je pense notamment à Molka Aouij, ma partenaire dans cette aventure : une révélation. Elle possède une intensité et une finesse de jeu qui la destinent, j’en suis convaincu, à un parcours de tout premier plan. Au fond, cette expérience m’a rappelé pourquoi je fais ce métier : pour ces rencontres, ces vertiges, et ces personnages qui, le temps d’un tournage, nous transforment durablement.

Salem Trabelsi

Rédacteur en chef principal, La Presse

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