Dès le matin, la médina de Sfax s’éveille dans une atmosphère particulière durant le mois de Ramadan. Derrière les remparts, les premières silhouettes apparaissent dans les ruelles encore calmes. Les commerçants ouvrent leurs boutiques, installent leurs étals et saluent les premiers passants. Peu à peu, la médina retrouve son animation quotidienne. Autour de Bab Jebli, les souks commencent à s’animer. Les marchands de fruits et légumes disposent leurs produits. Les conversations s’installent doucement, les balances commencent à peser les premières emplettes et les parfums d’herbes fraîches se mêlent déjà aux odeurs d’épices. Au cœur de cette animation matinale, le très fréquenté Souk Bouchouicha devient l’un des passages les plus vivants de la médina. Les ruelles étroites de ce souk sont bordées d’étals colorés et débordants de produits frais. Les légumes s’empilent en pyramides : tomates rouges, poivrons verts et rouges, carottes, courgettes et bottes de persil et de coriandre. Les fruits ajoutent leurs couleurs et parfums : oranges, fraises, citrons et dattes. Les épices complètent ce tableau vivant, avec de grands sacs ouverts de cumin, paprika, curcuma, cannelle et mélanges typiques destinés à parfumer les plats du Ramadan. Les vendeurs, avec leur intonation spéciale, interpellent les passants, proposent leurs produits et négocient les prix dans une ambiance chaleureuse et animée. Non loin de là, les boulangeries traditionnelles s’activent pour préparer le célèbre Khobz lafif, un pain très apprécié par les Sfaxiens. A peine sorti du four, il dégage un parfum appétissant qui attire les passants. Ce pain traditionnel et authentique à la forme ronde et à la texture dure de l’extérieur fine de l’intérieur est plus qu’un simple pain : il est lié à l’enfance de nombreuses générations. Un détour chez le fameux ftayer Siala est un passage incontournable pendant le mois de Ramadan. Depuis 1920, cet atelier perpétue une tradition familiale transmise de père en fils. Dès qu’on approche, l’air se remplit d’un parfum sucré et légèrement caramélisé des zlabia encore chaudes et des mkhareks dorés. Dans les petites artères de la médina, certaines ruelles conservent un charme particulier. C’est le cas de Nahj El Bey, où les façades anciennes, les portes cloutées et les boutiques traditionnelles racontent l’histoire de la ville. Les passants y circulent lentement, saluant les commerçants ou s’arrêtant pour observer les vitrines. A certaines heures de la journée, on y entend les voix des artisans, le froissement des sacs de provisions et les discussions animées entre commerçants et clients. A l’approche de l’Aïd, la médina se transforme encore. Les ruelles se remplissent de clients pressés et joyeux. Les boutiques de prêt-à-porter et de chaussures sont bondées, leurs vitrines décorées de couleurs vives et de nouvelles collections attirant les regards des passants. Les familles se pressent pour acheter vêtements et accessoires, anticipant les festivités et la tradition des cadeaux. A quelques pas des remparts, le marché au poisson attire lui aussi une grande foule. L’atmosphère est électrique à l’approche de l’iftar. Les cris des marchands résonnent dans les ruelles étroites : « Frais ! Frais du jour!», Venez voir le meilleur poisson!», «Hout maleh pour la charmoula ! »… Chaque vendeur interpelle les passants avec énergie, vantant la fraîcheur de ses dorades, loups, poulpes ou seiches. Les clients s’arrêtent, examinent les étals, touchent et choisissent les poissons, tandis que les voix des marchands se mêlent au bruit des sacs, aux pas pressés et aux conversations animées. Cette cacophonie joyeuse est devenue un véritable symbole de la vie de la médina pendant le Ramadan, où tradition, commerce et convivialité se rencontrent à chaque coin du souk. Non loin de là se dresse la prestigieuse Mosquée Sidi Lakhmi, l’une des plus anciennes et des plus emblématiques de la médina de Sfax. Elle se distingue par son architecture majestueuse avec son minaret élégant qui domine la ville. Pendant le Ramadan, ses abords connaissent une animation particulière. Les fidèles s’y rendent pour les prières quotidiennes et les tarawih. Autour de ses abords, la vie de la médina continue avec l’effervescence des souks et des marchés créant un contraste vivant entre recueillement et activité quotidienne. En ce mois de Ramadan, les familles s’activent dans leurs cuisines pour préparer les fameux plats qui font la renommée de la ville. Ces spécialités culinaires révèlent toute la richesse et la générosité de cette ville portuaire. On y prépare la savoureuse soupe d’orge (dchich) aux poissons, aux poulpes, ou aux seiches parfumée et nourrissante, le fameux couscous au pataclet (mraiket sbares), merket hlalem et d’autres. Sans oublier la charmoula qui est une sauce au goût sucré-salé, qui se compose d’oignons et de raisins secs cuits dans l’huile d’olive avec des épices, et réduits en purée. Cette sauce se déguste traditionnellement le jour de l’Aïd El-Fitr, servie avec le fameux Hout Melah ou poisson salé. Les soirées ramadanesques à Sfax se déroulent souvent autour d’un café fumant, accompagné de délicieuses pâtisseries sfaxiennes. Les familles se retrouvent à la maison, partageant un moment de convivialité après la rupture du jeûne. Sur les tables, les makrouth asmar, la laklouka qui est une pâtisserie typiquement sfaxienne à base de pâte de raisins secs, de sorgho, de sésame, de sucre et d’huile d’olive et autres douceurs artisanales se mêlent à la zlabia et au mkharek créant un véritable festin sucré. L’odeur du café fraîchement moulu se mélange aux parfums des pâtisseries, et les discussions animées, les rires et les gestes de partage donnent aux soirées une atmosphère chaleureuse et festive, fidèle à l’esprit du Ramadan à Sfax.




