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Accroché à une colline rocheuse du Sahel, Takrouna n’est pas seulement un village haut perché : c’est un héritage berbère vivant, un lieu où l’histoire amazighe continue de s’exprimer à travers la pierre, la langue, les gestes et les traditions. Situé dans la région d’Enfidha, au gouvernorat de Sousse, ce village millénaire défie le temps et l’oubli. Il est bien plus qu’un site touristique, c’est un témoignage vivant de l’histoire, de la mémoire et de l’identité amazighe en Tunisie.

Du sommet du village, le regard s’ouvre sur une vue panoramique spectaculaire qui fait partie intégrante du charme de Takrouna. A perte de vue, la plaine du Sahel s’étend, ponctuée d’oliveraies, de terres agricoles et de villages lointains dessinant un paysage à la fois sobre et majestueux.

Un village d’origine amazighe

Takrouna puise ses racines dans la civilisation berbère, bien avant les périodes romaine et arabo-musulmane. Son implantation sur un piton rocheux n’est pas le fruit du hasard : chez les Berbères, le choix du relief répondait à des impératifs de protection, de surveillance et d’autonomie. Du sommet, le regard embrasse toute la plaine, offrant autrefois un avantage stratégique essentiel contre les invasions. Le nom même de Takrouna renvoie à cette mémoire amazighe, transmise oralement de génération en génération. Ici, l’histoire ne se lit pas uniquement dans les livres, elle se devine dans les murs, les chemins et le silence du lieu.

Une architecture berbère adaptée à la nature

Dès l’arrivée, le visiteur est saisi par le silence et la majesté du lieu. L’architecture de Takrouna est l’un des marqueurs les plus forts de son identité. Les maisons en pierre sèche, construites avec des matériaux locaux, s’intègrent parfaitement au relief. Les habitations sont basses, compactes, souvent sans décoration ostentatoire, traduisant une culture de sobriété et de fonctionnalité propre aux villages berbères. Les ruelles étroites et sinueuses, parfois taillées directement dans la roche, créent une continuité entre l’homme et la montagne. Chaque détail architectural répond à une logique précise: se protéger du vent, conserver la fraîcheur en été et préserver la chaleur en hiver.

Traditions et savoir-faire amazighs

Malgré le recul démographique, Takrouna reste un espace de résistance culturelle. L’artisanat berbère y occupe une place centrale. Le tissage traditionnel, réalisé sur des métiers ancestraux, perpétue des motifs et des symboles amazighs transmis depuis des siècles. Chaque pièce raconte une histoire, un clan, un territoire. La poterie, les objets en fibres naturelles et certains rituels du quotidien témoignent d’un mode de vie fondé sur la relation étroite avec la terre. L’olivier, omniprésent dans les plaines environnantes, reste au cœur de l’économie et de la culture locales.

Toutefois, à Takrouna, la culture berbère ne se limite pas à un folklore figé. Les habitants, souvent guides improvisés, racontent avec fierté l’histoire de leur village, évoquant les traditions, les légendes et les anciens modes de vie. Cette transmission orale constitue l’un des piliers de l’identité amazighe, où la parole est aussi précieuse que l’écrit.

Entre identité berbère et histoire contemporaine

Si Takrouna est profondément ancrée dans la culture berbère, elle a également traversé les grands bouleversements de l’histoire moderne. En 1943, le village fut le théâtre de combats acharnés durant la Seconde Guerre mondiale entre les forces alliées et l’armée allemande. Cette page historique n’a pas effacé son âme amazighe ; elle s’y est superposée, renforçant son statut de lieu de mémoire multiple.

Aujourd’hui, Takrouna attire chercheurs, passionnés de culture berbère et amateurs de tourisme alternatif. Le village incarne un enjeu majeur : celui de la préservation du patrimoine amazigh face à la modernisation et à l’exode rural. Takrouna n’est pas un décor figé pour visiteurs pressés. C’est un symbole de résilience culturelle, un espace où l’identité berbère continue de s’exprimer avec dignité, rappelant que la diversité culturelle constitue l’une des plus grandes richesses de la Tunisie.

Samira Hamrouni

Equipe Rédaction La Presse de Tunisie - Responsable magazine la presse

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