A l’abri des regards, dans les reliefs rocailleux du Jebel Tarzā, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Kairouan, se cache un lieu hors du temps : Portelli-ville ou simplement Portelli. Peu connue du grand public, cette ancienne cité minière raconte une page méconnue de l’histoire industrielle tunisienne.
Perdue entre ciel et roche dans des paysages bruts, Portelli-ville intrigue autant qu’elle fascine. Cet ancien village minier invite aujourd’hui à un véritable voyage hors des sentiers battus. Entre ruines chargées d’histoire, silence minéral et panoramas saisissants, le lieu offre une expérience unique aux amateurs de tourisme alternatif, de patrimoine industriel et de sites abandonnés. Ici, chaque mur raconte le labeur des hommes, chaque piste évoque une époque où la mine faisait battre le cœur de la montagne. Une destination discrète mais puissante pour ceux qui cherchent une autre facette de la Tunisie. Au début du XXe siècle, la découverte de gisements de plomb et de zinc bouleverse cette région jusque-là essentiellement rurale. Sous le protectorat français, une société minière s’installe et décide de créer un village entièrement dédié à l’exploitation du site. Portelli-ville voit alors le jour, portant le nom de François Portelli, figure associée à cette aventure industrielle. Conçue comme un village modèle, la localité est pensée pour accueillir ouvriers, techniciens et cadres, dans un environnement pourtant austère et isolé.
Une cité ouvrière au cœur du Jebel Tarzā
Portelli-ville n’était pas seulement un lieu de travail. C’était une communauté structurée, organisée autour de la mine. On y trouvait des logements pour les travailleurs et leurs familles, des bâtiments administratifs, des espaces collectifs et les infrastructures indispensables à la vie quotidienne (école, commerces, sanitaires). Chaque journée était rythmée par l’activité minière : le va-et-vient des ouvriers, le transport du minerai, le bruit des machines. Dans ce décor minéral, une vie sociale s’était installée, faisant de Portelli-ville un îlot de modernité industrielle au milieu d’un paysage sauvage.
Comme beaucoup de sites miniers, Portelli-ville n’échappe pas à l’usure du temps. L’épuisement progressif des ressources, la hausse des coûts d’exploitation et les mutations économiques, notamment après l’Indépendance, entraînent l’arrêt définitif des activités. Peu à peu, les habitants quittent le village. Les bâtiments se vident, les routes se taisent. Portelli-ville devient un village fantôme, abandonné à la nature et au silence.
Un patrimoine discret, mais précieux
Aujourd’hui, il ne subsiste que des ruines, témoins fragiles d’un passé industriel intense. Le site ressemble à un décor figé : murs éventrés, routes désertes, bâtiments rongés par le vent et le soleil. Pourtant, Portelli-ville représente un patrimoine historique important, illustrant l’impact de l’exploitation minière sur les territoires tunisiens et sur les communautés humaines qui y ont vécu. Ce site oublié interroge sur la mémoire industrielle du pays et sur la nécessité de préserver ces lieux, non pas comme de simples vestiges, mais comme des chapitres essentiels de l’histoire nationale.
Loin des circuits touristiques classiques, Portelli-ville invite à une autre lecture du territoire : celle des villages nés de l’industrie, puis effacés par le temps. Dans le silence du Jebel Tarzā, ce village oublié continue de raconter son histoire à ceux qui prennent le temps de la redécouvrir.