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Il est là, mais il n’est pas là. Son corps est assis à table, mais son esprit voyage ailleurs. Vous l’appelez trois fois avant qu’il ne réagisse. Ses cahiers sont remplis de dessins dans les marges. Ses professeurs écrivent : «Élève distrait, peut mieux faire.»  À côté de lui, il y a l’autre. Celui qui vérifie dix fois son cartable. Qui pleure la veille d’un contrôle. Qui vous demande sans cesse : «Et si j’échoue ? Et si ça se passe mal ?» Son petit cœur bat trop vite, trop souvent. L’enfant rêveur et l’enfant anxieux. Deux mondes intérieurs intenses, souvent incompris.

L’enfant rêveur : un explorateur de l’invisible

On le croit absent. Paresseux. Désintéressé. Mais c’est tout le contraire. L’enfant rêveur est hyper-présent — simplement pas dans le même monde que nous.

Carl Jung, le célèbre psychiatre suisse, distinguait les personnalités introverties tournées vers leur monde intérieur. Pour lui, cette intériorité n’est pas une fuite — c’est une richesse. L’enfant rêveur construit des univers, invente des histoires, voit des possibilités là où nous voyons des murs.

Ce qu’il vit de l’intérieur :

Son imagination est un refuge et un laboratoire. Quand la réalité est trop bruyante, trop rapide, trop exigeante, il se retire dans un espace où il est libre de créer.

L’erreur classique des parents:

Le brusquer. «Reviens sur terre !» «Concentre-toi !» «Arrête de rêvasser !» Ces injonctions, répétées jour après jour, lui envoient un message toxique : ta façon d’être est un problème.

Comment l’accompagner :

Howard Gardner, psychologue à Harvard et père de la théorie des intelligences

multiples, nous rappelle que l’intelligence ne se mesure pas qu’en notes scolaires. L’enfant rêveur possède souvent une intelligence créative, spatiale ou narrative exceptionnelle.

Plutôt que de combattre sa rêverie, canalisez-la. Offrez-lui des supports créatifs : dessin, écriture, musique, construction. Transformez ses «distractions» en projets.

Et surtout, respectez son rythme. Maria Montessori insistait : chaque enfant a son propre tempo d’apprentissage. Le forcer à accélérer, c’est briser quelque chose en lui.

L’enfant anxieux : un cœur en alerte permanente

Il a peur. De tout. De rien. De ce qui pourrait arriver. De ce qui n’arrivera probablement jamais. Il pose des questions auxquelles vous n’avez pas de réponse. Il imagine des catastrophes que vous n’aviez même pas envisagées.

L’enfant anxieux n’est pas fragile. Son cerveau est simplement programmé pour détecter les dangers — même quand il n’y en a pas.

Ce qu’il vit de l’intérieur :

Un état d’alerte constant. Le psychologue John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement, a montré que l’anxiété chez l’enfant est souvent liée à un besoin de sécurité non comblé. Il ne cherche pas à vous embêter avec ses peurs — il cherche à être rassuré.

L’erreur classique des parents:

Minimiser. «Mais non, il n’y a pas de quoi avoir peur.» «Tu te fais des idées.» Pour vous, c’est évident. Pour lui, la menace est réelle. Nier sa peur, c’est nier ce qu’il ressent.

Comment l’accompagner :

Daniel Siegel, psychiatre et spécialiste du cerveau de l’enfant, recommande d’abord d’accueillir l’émotion : «Je vois que tu as peur. C’est normal d’avoir peur parfois.» Cette simple validation apaise le système nerveux de l’enfant.

Ensuite, aidez-le à dédramatiser progressivement. Pas en niant sa peur, mais en l’accompagnant à travers elle. Isabelle Filliozat propose une technique simple : demandez-lui «Quelle est la pire chose qui pourrait arriver ?» puis «Et si ça arrivait, qu’est-ce qu’on ferait?» L’enfant réalise alors qu’il a des ressources pour faire face.

Enfin, valorisez l’effort, jamais seulement le résultat. Le perfectionnisme de l’enfant anxieux vient souvent de la peur de décevoir. Montrez-lui que votre amour ne dépend pas de ses performances.

Deux enfants, une même soif de liberté

Le rêveur fuit dans son imagination. L’anxieux se noie dans ses peurs. Deux réactions différentes à un même monde qui leur semble parfois trop grand, trop dur, trop exigeant. Mais regardez-les autrement. Le rêveur porte en lui la créativité des artistes, des inventeurs, des visionnaires. Les plus grandes innovations de l’humanité sont nées dans la tête de ceux qu’on traitait de distraits.

L’anxieux porte en lui la prudence des stratèges, la sensibilité des empathes, la profondeur des penseurs. Sa capacité à anticiper, une fois maîtrisée, deviendra une force précieuse.

Françoise Dolto, grande figure de la psychanalyse infantile, disait : «Tout ce qui est excessif est insignifiant, sauf chez l’enfant. Chez lui, tout est signal.»

Les rêveries de l’un. Les peurs de l’autre. Ce ne sont pas des défauts à corriger. Ce sont des messages à décoder. Des appels silencieux qui vous disent: «Aide-moi à grandir à ma façon.»

Votre rôle n’est pas de les «normaliser». Il est de leur donner assez de sécurité pour qu’ils osent être eux-mêmes. Assez de liberté pour qu’ils déploient leurs ailes. Assez d’amour pour qu’ils sachent, quoi qu’il arrive, qu’ils ont une place dans ce monde.

Votre mission cette semaine

Pour le rêveur : Offrez-lui 15 minutes de «temps libre créatif» chaque jour. Sans écran, sans consigne. Juste lui et son imagination. Observez ce qu’il crée quand personne ne lui dit quoi faire.

Pour l’anxieux : Instaurez un rituel du soir. Cinq minutes avant de dormir, demandez-lui : «Quelle est ta petite inquiétude du moment ?» Écoutez sans juger, sans résoudre. Juste écouter. Puis terminez par : «Quoi qu’il arrive, je suis là.»

Ces petits gestes, répétés, construisent des fondations solides. Et un jour, votre rêveur osera transformer ses visions en réalité. Votre anxieux osera avancer malgré la peur.

Et vous saurez que vous y êtes pour quelque chose.

La semaine prochaine :

«L’enfant introverti et l’enfant rebelle : les comprendre
au lieu de les combattre»

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