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En Tunisie, le mois de Ramadan ne se limite pas au jeûne. Il redessine le quotidien, ralentit les journées et illumine les nuits. D’une ville à l’autre, le pays change de visage à l’heure de l’iftar. Les villes deviennent silencieuses, les rues se vident, les maisons s’ouvrent et la gastronomie devient le fil conducteur d’un voyage profondément humain. Explorer la Tunisie pendant Ramadan, c’est découvrir ses territoires à travers leurs traditions culinaires et leur sens du partage.

Tunis, l’effervescence discrète de la Médina

Dans la capitale, Ramadan se vit au rythme de la Médina. A l’approche du coucher du soleil, les ruelles s’animent. On se presse chez le boulanger : l’odeur du pain chaud se mêle aux épices et aux herbes fraîches. On choisit les dernières feuilles de bricks. On échange quelques mots avant de rentrer. Le passage chez le vendeur du lait fermenté (lben et rayeb) devient presque un rituel. Dans chaque quartier, on fait la queue pour acheter ce lait fermenté, frais et léger indispensable sur la table du Ramadan pour apaiser la soif et faciliter la digestion après une longue journée de jeûne.

Sur la table, les incontournables s’imposent : brik croustillant, chorba parfumée, salade méchouia fumée. Après l’iftar, Tunis change encore de tempo. Après les prières de Tarawih, les familles tunisiennes prolongent les soirées. Les foyers s’animent. Les cafés se remplissent, et les vitrines de pâtisseries débordent de zlabia et de mkharek, emblèmes sucrés du mois sacré. La Médina devient alors un lieu de promenade nocturne, entre spiritualité et convivialité.

Sfax, la rigueur et la générosité

A Sfax, Ramadan est une affaire sérieuse. La cuisine y est dense, nourrissante, fidèle à l’identité de la ville. La fameuse soupe sfaxienne aux sbares (pataclet), épaisse et relevée, ouvre le repas avant des plats emblématiques comme le couscous au poisson ou le célèbre brik sfaxien, réputé pour sa taille et sa richesse.

Ici, chaque préparation répond à un rituel précis. Les veillées se prolongent autour de la table, dans une atmosphère familiale où la gastronomie devient un lien intergénérationnel. Les soirées ramadanesques se vivent intensément ; c’est le moment de partager les pâtisseries traditionnelles accompagnées d’un thé à la menthe ou du café turc. A la fin du mois, la charmoula sfaxienne vient rappeler que la cuisine est aussi un marqueur du temps et de la mémoire.

Kairouan, spiritualité et douceur

Ville sainte, Kairouan vit Ramadan avec recueillement. Les journées sont calmes, les nuits habitées par la prière et le partage. Les plats restent simples, mais symboliques : soupe au blé, kaftaji, tajines traditionnels, recettes transmises depuis des générations.

Impossible cependant d’évoquer Kairouan sans parler de son joyau culinaire : le makroudh. Plus qu’une pâtisserie, c’est un patrimoine. Chaque bouchée raconte l’histoire d’une ville où la foi, la tradition et la gourmandise cohabitent naturellement.

Le Sahel, l’art de vivre ramadanesque

A Sousse, Monastir ou Mahdia, Ramadan se vit au rythme des traditions et des visites familiales.  La cuisine de Ramadan ne commence pas le jour du jeûne : elle se prépare longtemps à l’avance. Les épices sont triées, moulues et mélangées avant ce mois. Cumin, coriande, paprika, curcuma… chaque maison a son mélange secret transmis de génération en génération

Les repas sont préparés avec soin réunissant poissons, soupes légères et tajines, avant de laisser place aux sorties nocturnes. Les terrasses s’animent, les promenades en bord de mer deviennent un rituel.

Le Sahel incarne une autre facette du Ramadan tunisien : plus ouverte, plus sociale, où la gastronomie accompagne un véritable art de vivre, entre mer et convivialité.

Le Sud, sobriété et héritage

Dans le Sud tunisien, Ramadan revient à l’essentiel. Bsissa, soupe de céréales, pain tabouna et plats simples composent des repas adaptés aux traditions de la région. Chaque ingrédient compte, chaque geste est maîtrisé.

Cette cuisine raconte une histoire ancienne, faite d’adaptation et de transmission. Elle rappelle que la gastronomie est avant tout une culture du quotidien, façonnée par l’environnement et le temps.

Le Nord-Ouest, la force du terroir

Dans les régions du Kef, de Béja ou de Jendouba, Ramadan révèle une cuisine de caractère. Couscous, pains traditionnels, plats à base de blé et de viande dominent les tables. Ici, la gastronomie est profondément liée à la terre et aux saisons.

Ramadan se vit dans l’intimité des foyers, loin de l’agitation urbaine, dans une atmosphère chaleureuse où le partage reste essentiel.

Samira Hamrouni

Equipe Rédaction La Presse de Tunisie - Responsable magazine la presse

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