Cette année, Molka Aouij s’est imposée sur le petit écran avec sa prestation dans El Matbaa. À la fois chanteuse et comédienne, elle montre de réels talents et une ambition sans faille. Entretien.
Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le milieu artistique ?
Ça a commencé très tôt. J’ai grandi dans un environnement où l’art faisait partie du quotidien. J’ai donc baigné dedans sans même m’en rendre compte. Petite, je chantais, je dansais, je faisais des petits shows pour ma famille, mes amis… J’étais toujours en train de créer quelque chose. Très vite, je me suis tournée vers le chant et la danse, et j’ai compris que c’était là que je me sentais le plus vivante, le plus alignée avec moi-même. À 19 ans, j’ai enregistré mon premier single avec un premier clip « Éternelle Amoureuse ». C’est là que j’ai découvert tout un univers derrière : le studio, l’image, la direction artistique… Depuis, j’ai enchaîné les projets, les sons, les clips… jusqu’à sortir ma première chanson en arabe « Ainayk », et d’autres titres qui ont construit mon univers au fil du temps. Aujourd’hui, c’est plus qu’une pratique, c’est vraiment un langage pour moi, une manière d’exister, de raconter, de ressentir, d’être moi-même.
Vos parents ont chacun beaucoup de succès dans leur domaine. Dans quelle mesure ça vous a inspirée ou influencé vos choix professionnels ?
Quand on grandit avec des parents qui vivent de leur passion, on voit que c’est possible et ça enlève donc une grande barrière mentale. Mais, il y a aussi avec une certaine pression, vouloir être à la hauteur, sans être juste “la fille de”. Ça m’a poussée à me positionner, à comprendre qui je suis vraiment et ce que, moi, j’ai envie de raconter. Je pense qu’avec le temps et le travail, j’ai justement réussi à me distinguer. Les gens m’identifient pour ce que je fais, moi, en tant que Molka, avec mes projets, mon univers. Mais au-delà de ça, j’ai surtout eu énormément de soutien de leur part. Ils m’ont donné confiance très tôt, ils m’ont appris à oser, à ne pas avoir peur de créer et de proposer quelque chose de personnel. J’ai ainsi grandi avec une base solide, avec une famille qui croit en moi pour de vrai, et ça, ça fait toute la différence.
Est-ce que vous vous considérez comme chanteuse professionnelle ou est-ce une activité complémentaire ?
Oui, je me considère clairement comme une chanteuse professionnelle. C’est quelque chose que j’ai construit avec le temps, avec le travail, avec les projets, mais aussi avec ma formation. J’ai fait des études en comédie musicale en France, qui m’ont permis de développer ma voix, mon interprétation, et toute la technique derrière. J’ai aussi développé mon univers à travers mes projets, mes enregistrements, mes clips… donc pour moi, il y a une vraie démarche artistique, une vraie construction derrière. Aujourd’hui, je me vois autant comme chanteuse que comme performeuse, presque comme une showgirl dans le sens où j’aime proposer des univers complets. Sur scène, j’ai besoin de mêler le chant, la danse et le théâtre… Je n’aime pas me mettre dans une case. Je me considère comme une artiste multidisciplinaire. Tout est lié, tout se nourrit… et c’est justement ça qui définit mon identité aujourd’hui.
Est-ce que la carrière de comédienne a été envisagée depuis longtemps ?
Oui et non. Depuis toute petite, on me répétait souvent que j’étais faite pour la comédie. J’ai toujours eu ce côté-là en moi.
J’inventais des personnages, je me racontais des histoires, je jouais beaucoup… donc c’était déjà présent, mais sans que je le structure vraiment ou que je le prenne comme une vraie direction. En grandissant, je me suis naturellement tournée vers la musique.
C’est ce que j’ai commencé à développer en premier, ce sur quoi j’ai vraiment construit. La comédie est restée un peu en retrait pendant un moment. J’ai eu des propositions avant, mais ça ne m’a pas forcément parlé, je ne me voyais pas encore prendre ce chemin-là.
Et puis, cette année, il y a eu un rôle, un projet, qui m’a parlé, avec lequel j’ai ressenti quelque chose de vrai… et c’est là que j’ai décidé de m’y investir.
Aujourd’hui, je vois clairement la comédie comme une partie de mon identité artistique. C’est quelque chose que j’ai envie de continuer à explorer, au même titre que la musique.
Comment avez-vous intégré l’équipe de la série El Matbaa ?
Ça s’est passé de manière assez naturelle. Avec le réalisateur, on se suivait depuis des années sur les réseaux sociaux. Je suivais sa carrière, j’aimais beaucoup ce qu’il faisait, et lui suivait aussi mon évolution. On s’encourageait régulièrement, il y avait une vraie bienveillance et un respect mutuel qui se sont installés avec le temps. À un moment, il m’a proposé un film, qui a finalement été retardé. Et, plus tard, en écrivant la série El Matbaa, il est revenu vers moi, cette fois pour me proposer le rôle de Khawla. J’ai vraiment aimé l’écriture, et je suis tombée amoureuse du personnage.
Quel était votre rapport avec les acteurs ayant plus d’expérience durant le tournage ?
Au début, j’avais forcément un peu de stress, vu que c’était ma première dans un feuilleton. Je découvrais un peu tout, le rythme de tournage, les plateaux, les placements caméra, la façon de construire une scène… c’était un nouvel univers pour moi. Mais très vite, l’expérience est devenue très positive, surtout grâce à mon partenaire de jeu, Younes Ferhi, avec qui j’ai le plus tourné. Je le vois vraiment comme un mentor. Il a été très présent, il m’a guidée, il m’a aidée… mais surtout, il m’a fait confiance. Et ça, c’est ce qui m’a permis de me sentir à l’aise, de prendre confiance en moi, et de vraiment développer mon personnage. C’est quelqu’un qui donne beaucoup, qui partage, et qui a vraiment envie de voir la nouvelle génération évoluer. Il n’y a pas d’ego, au contraire, il tire vers le haut… et ça, c’est très précieux. Toute l’équipe a, en fait, joué un rôle important. Sawsen Maalej, Abdelhamid Bouchnak, Yasmine Dimassi… Chacun avait sa manière d’être là, que ce soit à travers des conseils, des échanges sur certaines scènes, ou juste une présence rassurante. Il y avait vraiment une énergie collective, où je me suis sentie entourée, avec la liberté de m’affirmer dans mon personnage et de prendre ma place.
Est-ce que vous considérez ce succès comme un tournant dans votre parcours artistique ?
Oui, clairement. C’est un projet qui m’a exposée différemment, qui m’a permis de toucher un autre public… Ça m’a donné envie d’aller encore plus loin dans la comédie, de m’impliquer dans des films, des feuilletons, de m’investir pleinement dans ce côté-là de mon travail.
Aujourd’hui, je sais que ça va faire partie de mon parcours à part entière, avec autant de sérieux que pour la musique. J’ai découvert une autre manière de raconter, une autre manière d’exister artistiquement… et ça me donne encore plus envie de creuser, d’explorer, de me dépasser. Cette expérience va forcément influencer mes prochains choix. J’ai envie de jouer des rôles qui me parlent, qui me sortent de ma zone de confort, qui me poussent à aller plus loin.
Comment voyez-vous la suite de votre carrière artistique ?
Je veux continuer à explorer, à créer, à prendre des risques… que ce soit en musique ou en acting. Ce qui compte le plus pour moi, c’est de rester sincère dans ce que je fais, dans ce que je propose, d’évoluer, de grandir, d’apprendre encore, mais sans me trahir. Je suis quelqu’un de très impliquée dans mon travail. Même sur les tournages, je suis le genre d’actrice à être présente, à observer, à apprendre, même quand je ne tourne pas. J’ai cette envie constante de m’améliorer, de comprendre, d’aller plus loin. La suite est déjà en train de s’écrire. Il y a des projets en préparation : d’autres rôles, des films, des séries et la musique, avec de nouveaux morceaux, peut-être un projet en tunisien. J’ai envie de construire quelque chose de solide, de cohérent, qui me ressemble vraiment… de continuer à surprendre, et surtout de vivre de ma passion.