Dans le dernier opus de Mohamed Ali (Dali) Nahdi, «Le 13e Round», Lamine Nahdi incarne l’ancien entraîneur, celui qui ne parle pas trop mais dont le regard pèse chaque coup porté. Entre la sortie de ce drame poignant et ses nouveaux projets sur les planches, notre acteur national se confie sur une œuvre qu’il juge organique et nécessaire.
Vous sortez à l’instant de l’avant-première du «13e Round». A chaud, quelle est votre réaction ?
Ce soir, j’ai eu l’impression de rencontrer un «autre» public, une audience que nous n’avons pas forcément l’habitude de côtoyer dans les salles obscures. Leur réaction est un indicateur précieux : ils viennent de découvrir une nouvelle forme de cinéma, plus brute, plus frontale. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la qualité du silence durant la projection. C’était un silence habité, une attention presque religieuse qui prouve que l’émotion a véritablement filtré de l’écran pour enlacer le spectateur. On sentait que chaque souffle de Kamel, ce boxeur meurtri par le diagnostic de son fils, résonnait dans la salle.
C’est un film qui bouscule, un film qui «fait mal» par sa thématique…
Absolument. C’est un film nécessaire car il est sans concession. J’y ai découvert un Dali Nahdi d’une inventivité rare, tant dans la gestion du rythme que dans l’audace de son casting. Ce qui est fascinant, c’est la densité de l’œuvre : le film comporte peu de personnages, mais cette économie est compensée par une puissance tellurique qui jaillit de chaque interprétation. On ne joue pas la douleur de perdre un enfant ou le combat pour la vie, on l’incarne avec une vérité qui confine parfois à la puissance du documentaire.
Certains critiques affirment déjà qu’il s’agit là de l’œuvre la plus aboutie de Dali Nahdi…
Je partage cet avis. En tant que réalisateur, il gagne en maturité à chaque projet. Il est devenu plus créatif, plus incisif dans sa mise en scène. Il possède désormais cette force tranquille qui lui permet de filmer l’intime avec une caméra qui ne tremble pas, même face au tragique.
Dans votre rôle d’entraîneur, figure de mentorat par excellence, qui a dirigé l’autre sur le plateau ?
C’est Dali qui tenait les rênes, et c’est ainsi que le cinéma l’exige. J’ai toujours pensé qu’au cinéma, c’est le réalisateur qui sculpte l’acteur pour l’intégrer à sa vision. C’est l’exact opposé du théâtre, où l’acteur, par sa présence physique et immédiate, finit souvent par diriger son metteur en scène. Sur ce ring cinématographique, je me suis laissé guider par sa vision, car Dali savait exactement quelle note de retenue il attendait de moi.
On vous retrouve très prochainement sur scène avec la pièce de théâtre «Alya mon amour». Un registre différent ?
Oui, nous changeons de ton. Je serai accompagné sur scène par une partenaire de talent pour une comédie qui explore les méandres de l’amour «à la tunisienne». C’est une pièce qui utilise le rire comme un scalpel pour décrire la réalité du couple dans notre pays : cette dispute éternelle, presque rituelle, mais qui cache en réalité une affection profonde et indéfectible. Le drame n’est jamais loin, mais il passe par le prisme du sourire.
Enfin, Dali Nahdi prépare un documentaire sur votre histoire d’amour iconique avec Souad Mahassen. Qu’en attendez-vous ?
C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur et dont je suis extrêmement fier. C’est un pan de mémoire, une trace nécessaire. Connaissant la sensibilité de Dali, il faut s’attendre à un grand film, empreint de pudeur et de vérité. C’est une manière de boucler la boucle, entre le cinéma, le théâtre et la vie.
