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De la physicalité du «13e Round» aux scènes théâtrales en France, Helmi Dridi dessine une trajectoire d’acteur original et droit dans ses bottes. Entre la France et la Tunisie, celui qui fut jadis formé à l’école de l’exigence par Ezzedine Gannoun revient sous les projecteurs avec Kamel, ce père boxeur prêt à tous les sacrifices dans le dernier opus de Dali Nahdi. Rencontre avec un comédien qui refuse le travestissement et cultive l’art de la «ligne médiane».

Dans «13e Round», votre jeu semble davantage relever de l’incarnation viscérale que de la simple interprétation. Comment avez-vous dompté ce rôle pour ne jamais basculer dans le surjeu ?

Un acteur arrive toujours sur un plateau avec une vision, une direction en tête, mais le dosage reste une science fragile ; on peut vite s’égarer dans l’excès. C’est là que la figure du réalisateur devient capitale. Avoir face à soi Dali Nahdi, qui est lui-même un homme de jeu, change radicalement la donne. Les cinéastes-acteurs possèdent une sismicité, une sensibilité organique que les techniciens n’ont pas toujours. Un rapport de confiance absolue s’est noué entre nous ; c’est ce garde-fou qui m’a permis d’éviter l’emphase.

On a le sentiment que vous avez trouvé une forme de «ligne médiane», celle d’un acteur dirigé par son pair.

Absolument. Nous avons longuement sculpté l’épaisseur du personnage, son passé, ses cicatrices, son vécu. À force de discussions et de recherches, Kamel a fini par m’habiter totalement.

C’est précisément cette justesse qui empêche le film de tomber dans le larmoyant. Votre jeu ne quémande jamais la pitié du spectateur.

Je me refuse à souligner ou à surligner l’émotion. Il ne s’agit pas de «faire l’aumône» au public, mais de vivre la situation. Sur le tournage, j’étais réellement Kamel, sans artifice.

En tant qu’homme évoluant entre deux rives, la France et la Tunisie, avez-vous le sentiment de mener, vous aussi, votre propre «13e Round» ?

Je crois que chacun porte en soi son combat de l’extrême. Le mien consiste à ne jamais oublier mon ancrage, mes racines, ni les valeurs que mes parents m’ont transmises. Dans ce monde moderne aux multiples travers, mon 13ème Round est une lutte quotidienne pour garder le cap vers ma destination sans brader mon âme.

Justement, quelles sont les valeurs qui définissent votre éthique de comédien ?

Je suis un acteur qui refuse de se travestir ou de se vendre. Je sais qu’en Tunisie, la précarité guette les comédiens car le marché est exigu, mais je ne changerai pas de cap pour autant.

Beaucoup s’interrogent sur la nature de vos activités en France. Comment se déploie votre quotidien artistique là-bas ?

Je mène une vie de comédien et de metteur en scène. Je tourne dans des productions italiennes et françaises, mais mon point d’équilibre reste le théâtre. C’est un retour aux sources, puisque j’ai débuté avec le regretté Ezzedine Gannoun. Actuellement, je porte plusieurs projets sur scène, comme «Nos ailes brûlent aussi» de Meriem Marzouk, qui interroge les dix ans de la révolution tunisienne. Je travaille également sur «Comme Prima», une pièce qui suit deux frères sur les routes entre la France et l’Italie à l’époque des chemises noires.

Et le cinéma reste présent, même derrière la caméra ?

Je n’ai jamais cessé d’écrire et de créer. J’ai d’ailleurs réalisé avec mon épouse un documentaire intitulé «Le Pain de ma mère», filmé à Toujène, en Tunisie. C’est ma manière de maintenir ce lien indéfectible avec la terre.

Salem Trabelsi

Rédacteur en chef principal, La Presse

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