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Révélé par Mehdi Hmili, Slim Baccar s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus intègres du jeune cinéma tunisien. Entre la rudesse de l’acier dans Exil et les nuances d’un anti-héros bousculé dans El Matbaa, l’acteur qui a fait ses classes en Allemagne cultive l’art de la disparition derrière le personnage. Rencontre avec un comédien qui préfère le risque des sommets à la tiédeur des zones de confort.

Le film Exil, où vous incarnez un ouvrier de l’usine El Fouladh, suscite une vive polémique. Comment percevez-vous ce tumulte médiatique ?

C’est précisément la mission de l’art : jeter des pavés dans la mare, initier des dialogues, provoquer des remises en question. Un projet qui ne laisse personne indifférent est, en soi, un projet réussi. Le véritable écueil survient lorsque la polémique tourne à vide, notamment quand certains fustigent l’œuvre avant même de l’avoir vue. Le débat n’est fertile que s’il nous aide à avancer, pas s’il s’enferme dans le jugement de principe.

Mehdi Hmili fait régulièrement appel à vous. D’où vient cette fidélité presque organique ?

Mehdi est celui qui m’a révélé au public tunisien à mon retour d’Allemagne. Mon premier court-métrage, c’était avec lui. Je lui dois cette confiance initiale. Je suis quelqu’un de profondément loyal, tant dans ma sphère privée que professionnelle. Travailler avec Mehdi, c’est s’inscrire dans une continuité créative où la parole n’a plus besoin d’être explicitée.

Incarner un ouvrier broyé par la machine sidérurgique est un rôle physiquement éprouvant. Que vous a apporté cette immersion dans le feu et l’acier ?

Ce fut un défi majeur, une sortie brutale de ma zone de confort. Tourner quatre jours dans cette usine a été une épreuve, mais que dire de ces ouvriers qui y passent dix ou vingt ans ? J’étais hanté par la peur de trahir l’image de ces « forçats de l’acier ». Au-delà du challenge physique, ce rôle m’a offert une maturité nouvelle. On ne sort pas indemne d’un tel face-à-face avec la pénibilité du travail.

Dans la série El Matbaa, vous interprétez Isaac, un personnage souvent malmené, un rôle que beaucoup d’acteurs auraient décliné. Pourquoi avoir accepté cet anti-héros ?

En Tunisie, les acteurs boudent souvent les personnages « écrasés», ceux qui reçoivent des gifles ou subissent l’humiliation. Pourtant, Isaac est d’une richesse infinie. Sous sa vulnérabilité apparente se cachent des nuances et une complexité qui révèlent l’humain dans ses plus profondes contradictions. C’est un rôle qui m’a grandi.

Quels sont les chocs cinématographiques qui ont forgé votre vocation ?

Je me souviens de l’onde de choc provoquée par Fight Club de David Fincher lorsque j’étais lycéen. C’était une révélation sur la rébellion et la fougue juvénile. A tel point qu’avec mes amis d’Ezzahra, nous avions créé notre propre «club » ! On se battait le week-end, avant de finir la soirée, apaisés, autour d’une pizza. C’était notre manière d’exister.

Si vous deviez trancher : l’exigence du grand écran ou la popularité de la lucarne télévisuelle ?

Le cinéma, sans hésiter. Mais la réalité du marché tunisien impose d’être pragmatique. Je cultive d’ordinaire le précepte « vivons heureux, vivons cachés ». J’ai d’abord été réticent pour la télévision, mais le fait que ce soit la première expérience télévisuelle de Mehdi Hmili m’a convaincu de foncer.

Pourquoi ce besoin de rester « caché » ?

Parce que le public a une tendance naturelle à vous enfermer dans une image, à faire de vous un totem. Or, l’essence même de mon métier est d’être changeante. Je veux être cet acteur capable de renaître et de se réinventer à chaque projet. L’emprisonnement d’une image fixe est la mort de la création.

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