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La route depuis Tataouine mène vers deux villages amazighs emblématiques du Sud tunisien : Chenini et Douiret. Ici, les constructions semblent avoir été dessinées directement dans la roche. Au premier regard, on remarque surtout les reliefs et les anciennes maisons qui s’y accrochent. Puis, en avançant, les détails apparaissent : une porte usée par les années, une habitation creusée dans la paroi, un passage étroit, une petite mosquée qui domine les alentours. C’est en marchant que Chenini et Douiret prennent véritablement tout leur sens.

À Chenini, le vieux village se découvre progressivement. Installé sur les pentes du Dahar, il semble prolonger naturellement le relief. Les maisons se confondent avec la pierre et certaines deviennent presque invisibles depuis la route. En montant, le regard s’arrête sur une façade, puis sur une ouverture creusée dans la roche ou sur un ancien passage qui conduit vers les hauteurs. L’empreinte amazighe se lit ici dans l’architecture, dans l’organisation ancienne de l’habitat et dans les traditions qui ont façonné la vie locale. Les maisons troglodytiques ne sont pas de simples curiosités architecturales. Elles répondent à une adaptation ingénieuse aux conditions du Sud : la roche protège de la chaleur et permet de conserver une relative fraîcheur à l’intérieur.

Plus haut, la mosquée des Sept Dormants domine les anciennes habitations. Sa façade blanche contraste avec les tons ocre et bruns du paysage. Depuis ses abords, le regard embrasse les vallées et les reliefs du Dahar. Le village paraît alors moins comme une construction posée sur la montagne que comme une extension de celle-ci.

Les ghorfas constituent une autre particularité remarquable. Ces espaces de stockage, aménagés les uns au-dessus des autres, servaient à conserver les céréales et les provisions. Leur présence rappelle une organisation collective fondée sur la gestion attentive des ressources. Dans cette région où l’eau et les terres cultivables étaient précieuses, chaque espace avait sa fonction.

Puis la route se poursuit vers Douiret, l’autre grand témoin de cette présence amazighe dans le Sud tunisien. L’ancien village apparaît sur un promontoire, avec ses habitations accrochées à la pente. Le paysage semble ici plus ouvert, offrant de belles perspectives sur les environs. Les maisons anciennes, les passages étroits et les constructions creusées dans la roche composent un ensemble où le temps a laissé des traces visibles.

À Douiret aussi, la promenade gagne à se faire lentement. Une vieille porte attire l’attention, un escalier conduit vers une autre partie du village, tandis qu’une habitation troglodytique révèle peu à peu son organisation intérieure. Les traces du quotidien sont encore perceptibles dans la disposition des espaces.

Les anciennes ghorfas rappellent notamment le rôle essentiel du stockage. Les récoltes y étaient conservées à l’abri, dans une organisation qui pouvait dépasser le simple cadre familial. Ces greniers témoignent d’une vie communautaire adaptée aux réalités d’un territoire marqué par l’aridité.

Pour les amateurs de randonnées, Chenini et Douiret offrent également une belle porte d’entrée vers les paysages du Dahar. Les sentiers permettent de prendre de la hauteur et d’observer les deux villages sous un autre angle. Depuis certains passages, les habitations se fondent dans le relief et donnent une idée de l’ingéniosité avec laquelle les habitants ont occupé cet espace.

Au-delà des habitations troglodytiques et des paysages du Dahar, Chenini et Douiret conservent une mémoire qui se transmet aussi par les gestes. Parmi les savoir-faire les plus remarquables figure le tissage traditionnel, longtemps associé au travail de la laine. Sur les métiers à tisser, les fibres sont préparées, filées puis assemblées pour donner naissance à des couvertures, des tapis, des étoffes et différents articles destinés à la vie quotidienne.

Le tissage demande patience et précision : le choix de la laine, sa préparation, la régularité des fils et l’alternance des couleurs participent tous au résultat final. Les motifs géométriques occupent une place importante dans cet univers textile. Lignes, losanges, bandes et formes répétées composent des dessins simples en apparence, mais dont l’équilibre exige une véritable maîtrise du métier. Les teintes naturelles et les couleurs plus vives viennent ensuite rythmer les pièces, donnant au textile une identité immédiatement reconnaissable. Derrière chaque ouvrage, il y a donc bien plus qu’un objet artisanal : il y a un geste appris auprès des générations précédentes, une connaissance de la matière et une manière de préserver une partie de la mémoire locale.

Ce savoir-faire s’inscrit dans un ensemble plus large de traditions où l’on retrouve également la broderie, le travail de la laine, la préparation de produits du terroir et une cuisine adaptée aux ressources de cette région aride. Dans les villages du Dahar, ces pratiques ne sont pas seulement des souvenirs du passé. Elles continuent, lorsqu’elles sont transmises et pratiquées, à donner une dimension vivante au patrimoine de Chenini et de Douiret. 

Au fil de la promenade, les constructions deviennent ainsi les témoins d’un mode de vie. Elles racontent l’adaptation au climat, la gestion de l’eau, le stockage des récoltes et l’organisation de la communauté. Une histoire inscrite dans la roche, mais aussi dans les pratiques transmises de génération en génération.

Samira Hamrouni

Equipe Rédaction La Presse de Tunisie - Responsable magazine la presse

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