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Actrice aux multiples facettes, Mounira Zakraoui poursuit son parcours avec un goût prononcé pour les rôles qui sortent des sentiers battus. On la retrouve actuellement dans « Bakma », le film d’Abdelhamid Bouchnak, à l’affiche des salles de cinéma. Entretien.

Entre le théâtre, le cinéma et la télé, est-ce que vous avez une préférence ? La scène ou la caméra?

J’aime les trois, parce qu’ils ne m’apportent pas la même chose. Le théâtre, c’est cette rencontre directe avec le public, cette énergie qui se crée dans la salle et qui change chaque soir. Le cinéma, c’est un autre travail, plus intérieur parfois, où un regard ou un silence peut raconter beaucoup de choses. Et la télévision permet aussi de développer des personnages sur la durée.

Je ne pourrais pas vraiment choisir. Ce qui compte pour moi, c’est le personnage, l’histoire qu’on me raconte et ce que je vais pouvoir y apporter. Chaque expérience a quelque chose à m’apprendre, et c’est ce qui me plaît dans ce métier.

Vous avez incarné des personnages très différents au fil des années. Comment choisissez-vous vos rôles, et vous est-il arrivé d’accepter un projet qui vous a poussée à sortir complètement de votre zone de confort ?

Je crois que ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est justement de ne jamais être la même d’un personnage à l’autre. J’ai eu la chance de jouer des personnages très différents : des femmes dramatiques, des personnages plus légers, parfois même franchement comiques, et aussi des rôles beaucoup plus sombres, comme le démon que j’ai incarné dans « True Story ».

Je ne cherche pas forcément un personnage qui me ressemble. Au contraire, j’aime quand il m’emmène ailleurs, quand il me demande de comprendre une femme que je n’aurais peut-être jamais rencontrée dans ma propre vie. Avec « Bakma », c’était encore une autre expérience. Cette mère est un personnage profondément troublant, avec ses contradictions et ses zones d’ombre. Ce qui m’intéressait, c’était de ne pas la réduire à sa cruauté, mais d’essayer de comprendre toute sa complexité humaine.

Je crois que c’est ce qui me donne toujours envie de jouer : pouvoir passer d’un univers à un autre, me surprendre moi-même et ne jamais avoir l’impression d’avoir fait le tour de mon métier.

Est-ce qu’il y a un rôle,une collaboration ou un projet qui a marqué votre carrière ?

Il y a forcément plusieurs projets qui me viennent à l’esprit, parce qu’ils m’ont marquée pour des raisons différentes. Certains personnages restent avec vous longtemps après le tournage. D’autres, c’est une rencontre avec un réalisateur, une équipe ou une manière de travailler qui vous fait découvrir quelque chose de nouveau.

Je pense notamment à « Pour les beaux yeux de Catherine », qui fait partie des expériences importantes de mon parcours. Mais je crois aussi que chaque rôle laisse quelque chose, même lorsqu’on ne s’en rend pas compte immédiatement.

C’est difficile de choisir un seul moment, parce que le métier se construit justement à travers toutes ces expériences, les belles rencontres, les difficultés et les personnages qu’on a eu la chance de défendre.

Avec le recul, y a-t-il des décisions professionnelles que vous auriez aimé changer ?

Je ne parlerais pas forcément de regrets. Bien sûr, quand on regarde son parcours, on se demande parfois ce qu’on aurait pu faire autrement, ou quels projets on aurait aimé rencontrer. Mais je crois que chaque étape m’a construite, même les moments plus difficiles. On apprend aussi beaucoup des choses qui ne se passent pas comme on l’avait imaginé. Aujourd’hui, j’essaie surtout de regarder ce qui est devant moi, de rester curieuse et de continuer à faire ce métier avec la même envie. Il y a encore tellement de personnages que j’aimerais jouer.

Vous faites partie du casting de « Bakma », le premier film gore tunisien. Quelle a été votre réaction en découvrant le scénario ? Et qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?

Ce qui m’a frappée dans le scénario, c’est son audace. C’est un film qui n’a pas peur d’aller dans des endroits sombres, parfois très dérangeants, et qui utilise aussi la violence visuelle pour raconter quelque chose de plus profond. J’ai déjà exploré un univers fantastique et horrifique avec « True Story » où j’incarnais le diable. Mais « Bakma » est une expérience différente. Ici, je joue une mère, un personnage humain, avec ses blessures, ses contradictions et une part de cruauté qui la rend particulièrement troublante. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre ce personnage sans chercher à le rendre sympathique ou à justifier ses actes. J’aime quand un rôle me pose des questions, quand il me dérange un peu et m’oblige à aller chercher au-delà de ce que je vois au premier abord.

Derrière la violence et le sang, quel message souhaitez-vous que le spectateur retienne de « Bakma »?

Je pense que la violence dans le film n’est pas là simplement pour choquer. Elle fait partie de l’univers de l’histoire, mais derrière elle, il y a des blessures, des traumatismes, cruauté animale, des relations humaines très complexes. Ce qui m’intéresse, c’est justement ce qu’on découvre derrière les apparences. On peut voir des scènes très dures, mais elles nous renvoient aussi à des questions beaucoup plus profondes : la souffrance, la culpabilité, les blessures de l’enfance, ce qu’on transmet parfois sans même en avoir conscience. Pour moi, un film comme celui-là doit aussi laisser le spectateur réfléchir, se questionner, peut-être même être un peu dérangé. C’est aussi une façon pour le cinéma d’explorer des choses qu’on n’aborde pas toujours facilement.

Après cette expérience, aimeriez-vous explorer d’autres genres cinématographiques encore éloignés de votre registre habituel ?

Mais justement, je n’ai pas envie de me cantonner à un registre ! J’ai eu la chance d’explorer des univers très différents, du comique au dramatique, du fantastique à l’horreur. Et même au sein de ces genres, les personnages peuvent être tellement différents les uns des autres. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas simplement de changer de genre, c’est de rencontrer un personnage qui me surprend, qui me donne envie de chercher, de creuser, de découvrir quelque chose que je ne connais pas encore. J’aimerais continuer à explorer cette diversité, pourquoi pas dans des rôles auxquels on ne penserait pas spontanément à me proposer. Après toutes ces années, je suis toujours curieuse. Et je crois que c’est une belle chose pour une actrice de pouvoir encore se dire « Tiens, ça, je ne l’ai jamais fait ! »

Est-ce que vous avez d’autres projets en vue ?

Je préfère ne pas trop en dire tant que les choses ne sont pas concrétisées, mais j’espère continuer à rencontrer de belles histoires et des personnages qui me donnent envie de me lancer.

Ce qui me motive, c’est de continuer à travailler, à découvrir de nouveaux univers et à partager de nouvelles expériences avec des équipes passionnées. J’aimerais aussi que le cinéma tunisien continue à explorer des genres différents, à oser des histoires qui sortent un peu des sentiers habituels. Je trouve qu’il y a beaucoup de possibilités, beaucoup de talents, et j’espère pouvoir continuer à en faire partie.

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