◆ Dermatologie · Photoprotection
Les écrans solaires occupent une place centrale dans les recommandations de santé publique puisqu’ils sont indispensables dans la prévention des coups de soleil et des cancers cutanés. Pourtant, derrière leur apparente simplicité se dévoile une réalité scientifique riche et nuancée, alimentée par les débats autour des indices SPF, de la sûreté de certains filtres UV et de la protection face à l’ensemble du spectre lumineux. Malgré leur démocratisation, les écrans solaires suscitent de nombreuses interrogations. Plongée dans les coulisses d’un produit souvent mal compris, mais qui demeure néanmoins essentiel.
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Lumière visible : partie du spectre longtemps insoupçonnée
Le spectre lumineux est l’ensemble des rayonnements émis par le Soleil, classés par longueur d’onde. Il comprend notamment les rayons ultraviolets (UV), la lumière visible et les infrarouges. La lumière visible est la partie du spectre que l’œil humain peut percevoir, elle correspond à la lumière du jour et comprend les couleurs de l’arc-en-ciel, du violet au rouge. Au-delà du rouge se trouvent les infrarouges, que nous ne voyons pas mais que nous ressentons sous forme de chaleur, et avant le violet se trouvent les UVA et les UVB, invisibles mais responsables de nombreux effets sur la peau comme le bronzage, les coups de soleil, le vieillissement de la peau et l’apparition de certains cancers cutanés. Par ailleurs, une exposition prolongée à une lumière très intense peut contribuer à la fatigue visuelle, au stress oxydatif de la peau, ainsi qu’à des dommages cutanés, qui, bien que moins puissants que ceux des rayons UV, sont aussi responsables du vieillissement et d’une aggravation d’un éventuel mélasma ou d’une hyperpigmentation post-inflammatoire. Cette réalité a bousculé la vision traditionnelle de la photoprotection, longtemps centrée uniquement sur les UV. Elle suscite désormais de nouvelles questions : faut-il aussi se protéger de la lumière visible, et avec quels filtres ?
Selon quels critères et pour quelles personnes ? Les réponses restent à ce jour incomplètes, révélant les limites de la recherche actuelle. Toutefois, les laboratoires intègrent dans la formulation des écrans des pigments minéraux colorés, notamment des oxydes de fer, capables de filtrer une partie de la lumière visible, encore mieux lorsque l’écran est minéral, doté d’une action de réflexion et de dispersion de cette partie du spectre lumineux. La photoprotection entre ainsi dans une nouvelle ère, bien au-delà de la simple lutte contre les UV et bien au-delà de la séduction du consommateur en rajoutant des teintes, elle incarne des défis majeurs de santé, de sécurité et d’efficacité.
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Les indices SPF : nuances et confusions
Le SPF, ou « Sun Protection Factor », est un indice standardisé de laboratoire qui mesure la protection d’un écran solaire contre les UVB, dans des conditions très contrôlées concernant le type de peau, la quantité de produit appliquée et l’exposition aux UVB. Il est obtenu en comparant le temps nécessaire pour provoquer une rougeur sur une peau protégée par rapport à une peau non protégée, ce qui en fait un repère utile mais ne correspond pas aux conditions de la vie réelle. C’est pour cela que le SPF est utile pour comparer les écrans solaires entre eux, mais insuffisant pour prédire exactement le niveau de protection individuel dans la vie quotidienne. Ainsi, le SPF ne doit pas être compris comme une mesure de puissance linéaire, mais comme un coefficient comparatif entre les produits. Par exemple, un SPF 30 signifie qu’il faudrait en théorie 30 fois plus de temps pour obtenir un coup de soleil que sans protection. De même, un SPF 30 filtre environ 97 % des UVB, tandis qu’un SPF 50 en filtre environ 98 %.
Cette différence, aussi minime soit-elle, est réellement significative dans des conditions d’exposition intense ou prolongée, notamment dans des régions fortement ensoleillées. Toutefois, nombreux sont les écrans qui affichent SPF 50 et 50+, alors qu’ils ne se valent pas en termes d’efficacité et de sécurité. En effet, deux produits avec le même SPF peuvent être très différents en pratique, car le SPF ne dit rien sur la texture, la stabilité des filtres, la résistance à l’eau, ni surtout sur la protection contre les UVA. Ainsi, pour comparer correctement deux écrans SPF 50, il faut donc regarder ces critères et chercher la qualité de la protection UVA qui est mentionnée par un logo UVA ou un indice PPD (Persistent Pigment Darkening) ou un PA élevé. Le SPF permet uniquement de vérifier que le produit atteint un niveau minimal élevé de protection UVB seulement. C’est pourquoi cet indice important ne suffit pas à lui seul pour choisir son écran, mais d’autres critères tels que la nature des filtres, la protection UVA, la texture, la teinte, la tolérance, la facilité d’application, etc., doivent y être associés tout en tenant compte de la notoriété du laboratoire dans ce domaine.
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Filtres solaires : ingrédients sous surveillance
Les filtres solaires ne sont pas tous identiques. Certains sont minéraux et d’autres organiques. Les filtres organiques ou chimiques absorbent les rayonnements et les transforment en énergie, tandis que les filtres minéraux les réfléchissent et les dispersent. Certains protègent surtout contre les UVB, responsables des coups de soleil, tandis que d’autres sont plus efficaces contre les UVA, impliqués dans le vieillissement cutané et certains dommages profonds de la peau. Cependant, il existe aussi des filtres dits «large spectre» capables de couvrir à la fois les UVA et les UVB, notamment certains filtres organiques modernes comme le Tinosorb S ou le Tinosorb M, ainsi que des filtres minéraux comme l’oxyde de zinc. Il est à noter que les filtres contre les UVB comme le Homosalate et l’Octinoxate suscitent des interrogations car des recherches ont montré qu’ils peuvent être absorbés en petites quantités par l’organisme et détectés dans le sang, ce qui a soulevé des questions sur leur devenir dans le corps. Pareillement, les nanoparticules des filtres minéraux, comme l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane, suscitent aussi des interrogations car leur très petite taille améliore la texture des crèmes mais soulève des questions sur une éventuelle pénétration dans la peau et leur devenir.
En pratique, les écrans solaires efficaces associent souvent plusieurs filtres complémentaires afin d’assurer une protection globale sur tout le spectre ultraviolet, car aucun filtre unique ne couvre parfaitement toutes les longueurs d’onde. Par ailleurs, les débats portent surtout sur leur inhalation possible sous forme de spray et sur certains aspects environnementaux, plutôt que sur un risque avéré pour la santé lors d’une application classique.
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Impact des écrans solaires sur l’environnement marin
L’impact sur l’écosystème marin autour des écrans solaires concerne surtout l’effet de certains filtres UV sur les récifs coralliens. Des substances comme l’oxybenzone ou l’octinoxate ont été pointées du doigt car elles peuvent être libérées dans l’eau lors de la baignade ou rejetées indirectement par les eaux usées, et perturbent le développement des coraux et d’autres espèces aquatiques, comme certains poissons, algues ou invertébrés. Cela a poussé certaines destinations à limiter leur usage et à encourager des formules plus respectueuses de l’environnement. Aujourd’hui, l’enjeu est de concilier la protection de la santé humaine et le respect des écosystèmes, en choisissant des produits efficaces et mieux adaptés aux préoccupations écologiques.
En réalité, derrière l’apparente simplicité d’un tube de crème solaire se cache un monde où se croisent avancées scientifiques, questionnements persistants et controverses parfois vives, poussant les industriels à faire preuve d’une transparence exemplaire et d’une rigueur sans faille. Loin de fragiliser les recommandations actuelles ou de renoncer à leur utilisation, les écrans solaires demeurent aujourd’hui un outil essentiel pour la prévention des cancers cutanés et du vieillissement prématuré. Et pourtant, des incertitudes subsistent et témoignent du dynamisme d’une science en constante évolution et d’une conscience collective de plus en plus affûtée, où professionnels et consommateurs partagent la même exigence de sécurité, de transparence et de responsabilité.
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