Skip to main content

Najoua Zouhair est une artiste au talent incontestable. Sa carrière est jalonnée de rôles mémorables. Le public l’a récemment applaudie dans la pièce «Chute libre» de Nooman Hamda. En parallèle, elle nous inspire et nous motive par ses activités sportives. Entretien.

Vous avez joué dans plusieurs pièces de théâtre et vous faites également  du coaching théâtral. Quelle place occupent aujourd’hui ces deux aspects dans votre parcours professionnel ?

J’ai fait mes débuts artistiques dans le théâtre que considère toujours comme la base de l’acting. Être comédien, pour moi,  c’est d’abord jouer sur scène. C’est là qu’on apprend à décortiquer un personnage, à le comprendre et à définir ses traits. On apprend comment l’aborder, comment imaginer son caractère, ses mimiques, ses gestes, sa démarche, son regard, sa façon de penser. Tout cela ne peut-être saisi qu’en faisant du théâtre. Le coaching théâtral et le well-being sont un volet différent. Le bien-être physique, mental, social, relationnel et communicationnel compte beaucoup dans mon parcours et dans nos vies d’une manière générale. Nous ne pouvons pas évoluer dans la société sans être équilibrés. C’est un art de vivre, une façon d’être avec les autres. C’est aussi une prise de conscience de soi et des conflits internes. On se base sur le théâtre pour atteindre des objectifs humains, ne plus laisser nos émotions nous submerger, gérer les tensions. Ça va donc au-delà du principe des ateliers où on l’apprend aux autres à jouer.

Vous avez interprété plusieurs rôles au cinéma et à la télé. Quelle expérience vous a le plus marquée?

Je ne peux pas citer un rôle en particulier. Chaque expérience est unique et m’a transformée à sa manière. Chaque personnage est différent. D’ailleurs, je n’ai jamais joué le même rôle deux fois. Je trouve cela ennuyeux et dépourvu de défis. Je pense par exemple à mes personnages dans les deux films de Salma Baccar «Fleur de l’oubli» et «Al Jayda» qui étaient nettement différents. Il y a des rôles qui ont même nécessité une transformation physique, comme dans «Porto Farina» de Brahim Letaief.

Votre parcours dans le journalisme a-t-il influencé votre manière d’aborder le métier d’actrice ?

Non, pas vraiment. J’ai vécu chaque expérience à part. C’est une double casquette que j’ai portée pendant des années, deux métiers qui me fascinent sans se superposer. Je suis passée par divers formats médiatiques : la télé, la radio, la presse écrite. C’est une carrière bien développée qui ne se résume pas dans une brève réponse.

Y a-t-il une personnalité, une rencontre qui a influencé votre carrière ?

C’est Issa Harrath avec lequel j’ai joué dans mon tout premier feuilleton en 2001. Il s’agit de« Matous» de Hamadi Arafa, encore diffusé aujourd’hui sur la chaîne nationale. Issa Harrath était impressionnant par sa rigueur, sa discipline, son sérieux. Une véritable source d’inspiration. Kaouther Bardi m’a aussi beaucoup soutenue et m’a beaucoup  appris sur le métier de comédien. Nous avons joué ensemble dans «7nsè w nos» de Ilyes Baccar, une production du Théâtre de la Ville de Tunis. C’était mon premier rôle principal dans une pièce de théâtre. Salma Baccar m’a énormément inspirée dans sa façon de diriger les acteurs. J’ai été sensible à sa manière de faire, avec une grande empathie, une compréhension fine de la psychologie des artistes et le soin du détail. Je pense que c’est une excellente réalisatrice et directrice d’acteurs.

Quand vous regardez votre parcours artistique avec du recul, est-ce qu’il y a des décisions que vous auriez voulu changer ?

Non. Je n’ai accepté que des projets que j’ai aimés, qui m’ont particulièrement touchée et dont je reste convaincue encore aujourd’hui. Je pense que tous mes choix ont été pertinents.

Y a-t-il un projet dont vous rêvez et qui pourrait donner un nouvel élan à votre carrière d’actrice?

Tous les artistes ont cette ambition. Pour ma part, je suis fière de tout ce que j’ai accompli. S’il y aura de nouvelles offres avec un nouveau challenge et de la créativité, j’accepterai avec plaisir.

L’idée de vous installer à l’étranger pour développer votre carrière d’actrice vous a-t-elle déjà traversé l’esprit ?

J’ai collaboré à beaucoup de projets étrangers. J’ai joué en français, en anglais, en italien, en dialecte palestinien, libanais et je considère que j’y ai bien réussi. Je suis preneuse de tout projet original, audacieux et qui m’emmène sur des sentiers nouveaux. Mais ce n’est pas un objectif en soi. Je préfère évoluer ici, dans mon élément, travailler dans ma langue et ma culture, m’adresser à un public qui a les mêmes références que moi.

En comparant vos débuts dans le cinéma et les feuilletons avec la production actuelle, quelles différences observez-vous ?

Avant, on prenait beaucoup plus de temps pour répéter les textes. On faisait des répétitions pas seulement pour le théâtre, mais aussi avant les tournages. Et, s’il fallait apprendre des talents que les rôles exigent comme la danse, le chant, l’équitation ou tout autre sport, on s’y mettait à fond. Cela se remarque dans la performance. La qualité et la préparation font la force et le charme des vieilles productions. La différence se ressent même au niveau de l’écriture, du choix des sujets. Nous étions plus ancrés dans notre tunisianité, dans ce qui nous touche vraiment, les vrais problèmes sociaux et humains. Je pense que c’était plus profond avant, ce qui explique la nostalgie du public.

Parlons de votre engouement pour le sport. Quelle place tient –il actuellement dans votre vie ?

J’ai toujours été brillante dans les disciplines sportives depuis toute petite. Les dernières années, je me suis beaucoup plus concentrée sur le trail, qui est la course à pied dans la nature. Cela a constitué un tournant décisif dans ma vie. Le trail aide à se défier soi-même, à repousser continuellement ses limites, mais aussi à mieux se comprendre et à écouter son corps. Je pense que le théâtre et le sport se rejoignent sur plusieurs niveaux. Ils nous forgent. Je suis actuellement passée à la course à pied dans la nature. D’ailleurs, je ne publie pas des aspects personnels sur les réseaux sociaux. Je tiens tout de même à partager mes activités sportives parce cela peut encourager certaines personnes à faire le premier pas. C’est une image différente qui dépasse les idées reçues sur la vie des acteurs. Un artiste peut mener une vie saine, être sportif et discipliné dans les entraînements.

Avez-vous d’autres passions, d’autres talents que vous n’avez pas encore révélés au public ?

Oui, et j’en parle peu. Je suis une excellente cuisinière et une excellente couturière. Je fais de la broderie et beaucoup d’autres activités manuelles comme la création des bijoux et des accessoires… Je fais même du bricolage et j’ai une caisse à outils énorme. J’adore la décoration d’intérieur, transformer des espaces. J’aime beaucoup aussi la musique, la peinture, la danse. Je pense que le plus important n’est pas d’atteindre des records, mais plutôt de se fixer des objectifs à réaliser et d’oser faire le premier pas pour les atteindre. Ces activités se font pour le plaisir et c’est avec la pratique que l’on s’améliore.

Y a-t-il de nouveaux projets artistiques en vue ?

Nous allons reprendre les représentations de «Chute libre» avec Nooman Hamda. Nous avons des dates prévues en Tunisie et une représentation à l’étranger.

Leave a Reply