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Portée par le succès de son nouvel album personnel « Doulicha », Bouthaina Nabouli confirme son envol. Un prochain concert est prévu le 3 août au Festival international de Hammamet.

Entretien avec l’artiste qui poursuit son ascension.

Vous avez déjà été lauréate du Prix du jury au Festival de la chanson tunisienne en 2025. Dans quelle mesure cette consécration a-t-elle été importante pour vous ?

Ce prix compte énormément pour moi. Je chantais depuis mon plus jeune âge dans un cercle limité fait de mes amis, ma famille et d’autres connaissances précieuses. Un prix aussi important venant du public m’a encouragée à croire davantage en mes rêves et à persévérer en dépit des contraintes. C’est une sorte de support mental qui me motive à aller toujours plus loin.

Et sur un plan plus concret,  est-ce qu’il y a eu un impact sur la suite de votre parcours ?

C’était une preuve qu’il y a un public qui m’apprécie et qui a voté pour moi. Cette reconnaissance m’a permis d’élargir  progressivement mon audience, même par le bouche à oreille. Plus de gens ont ainsi pu me découvrir, ce qui m’a aidée à diffuser mes chansons.

Vous avez collaboré avec Benjemy sur deux projets très réussis basés sur le patrimoine tunisien revisité: Benboo et Sinouj. C’est un style très différent de vos dernières chansons plus mélodiques. Est-ce un changement de voie ou une volonté de ne pas vous limiter à un répertoire bien défini ?

Sinouj est le projet de Ahmed et j’ai eu le plaisir d’y apporter ma voix en invitée.  C’est à travers cette collaboration que j’ai découvert à quel point j’aime le mezwed, ce qui m’a ouvert des horizons nouveaux. Ainsi est venue l’idée de participer au concours du Festival de la chanson tunisienne avec une chanson de mezwed. D’autres productions de ce style vont suivre avec autant d’énergie. C’est différent du tarab où je suis plutôt posée sur scène. Au final, ce sont de multiples facettes de moi, toutes très sincères. Benboo, en contrepartie, est notre projet à deux. Une création commune qui englobe mon univers acoustique plutôt doux fait de tarab et de paroles poétiques  avec celui de Ahmed où il y a du rock, de l’électro, des beats et des machines. Ce concept exportable et inspirant explore notre identité  sous un angle innovant. Nous l’avons présenté plusieurs fois à l’étranger. Un album est aussi en cours de création. C’est une part de moi, comme « Doulicha », le tout dernier album. J’aime bien tester des styles différents. Une carrière pour moi, c’est des étapes et à chacune les choix qui vont avec.

Vous avez d’autres talents en plus du chant. Vous êtes aussi parolière. Qu’est-ce que cela change de chanter vos propres textes ?

L’effet est différent même pour le récepteur. J’écris essentiellement pour m’exprimer plus que pour créer un produit artistique. C’est comme raconter mon univers personnel, ce que je vis et je ressens en toute intimité. Les mots sont sincères, avec des émotions vraies et une énergie que je souhaite partager avec le public. Chaque texte fini est une extase, comme à la fin d’un exercice mental et physique. L’idée de « Doulicha » est de souligner la beauté pure et spontanée de la vie que nous ne saisissons pas assez au quotidien. Les paroles semblent simples avec un sens frontal, mais elles sont imprégnées d’images poétiques. En les écoutant, on s’y reconnaît et chacun les interprète à sa manière selon son vécu. Je m’identifie très bien aussi aux paroles de Syrine Chekili. C’est elle qui a m’a encouragée à franchir le pas et faire connaitre mes écrits au public.

Après avoir participé à des spectacles joués sur de grandes scènes en Tunisie dont le Festival international de Carthage et Hammamet, vous revenez cette fois avec votre propre projet artistique. Comment vivez-vous ce nouveau succès et la responsabilité qui vient avec ?

Carthage a été grandiose, mais il y a une sensation spéciale à Hammamet comme c’est plus intime et offre plus de proximité avec les spectateurs. J’ai senti l’année dernière quand j’y ai chanté que j’allais y revenir et je me suis promis que ce serait le prochain pas à accomplir. C’est l’objectif que je me suis fixé, comme une vision. J’ai donc travaillé dur pour que ce rêve aboutisse. J’ai rencontré les personnes qu’il faut, nous avons conçu le programme qu’il faut, et le reste est venu tout naturellement. Je garde toujours en souvenir le bonheur de ma mère quand j’ai reçu le mail de la confirmation. J’ai hâte de découvrir le rendu final en live. Les répétitions sont très techniques. C’est sur scène que l’émotion sera à son comble.

Faire le choix de créations originales plutôt que de reprises est-il un pari risqué ? Pourquoi avoir privilégié cette voie, alors qu’il aurait peut-être été plus facile de miser sur des reprises de chansons déjà connues ?

Oui, évidemment que c’est risqué. C’est bien plus aisé d’attirer le public par des chansons qu’il connaît déjà par cœur. Mais je tiens aussi à avoir ma propre identité, mon propre apport à la scène musicale et à l’histoire de l’art en Tunisie et ailleurs. On n’avance jamais sans prendre de risques. Mon empreinte personnelle compte beaucoup pour moi. Je veux que le public découvre qui je suis, pas seulement ce que je sais chanter.

D’après votre expérience, quels sont les ingrédients indispensables pour qu’une jeune chanteuse puisse s’imposer dans le milieu artistique?

Pour se faire une place, il faut un travail laborieux. Les grands événements comme les JTC et les JMC donnent de la visibilité et sont d’excellentes opportunités pour rencontrer le public en direct. Les réseaux sociaux ont aussi de l’importance. C’est la première piste qui m’a aidée à toucher une audience plus large. Après un premier contact virtuel,  j’ai pu retrouver ce public lors de mes concerts. J’ai également eu le privilège d’être entourée de personnes qui ont cru en moi et qui m’ont soutenue artistiquement. À mes débuts avec Syrine Chekili, le gain matériel n’était pas vraiment notre priorité essentielle, mais avant tout l’idée de créer, de proposer quelque chose de nouveau. Nous sommes évidemment très heureuses des retours positifs. Il y a toujours une extase quand on sort un nouveau produit artistique, comme dans le cinéma, la peinture.. Cependant, le volet financier a son poids et fait partie de la réalité du métier. L’autoproduction est une bonne solution que j’ai adoptée moi-même, mais dans des limites. Je n’avais pas de grands moyens pour un album très bien fait avec des musiciens de haut niveau, un clip, une boite de communication.. J’ai fait appel à une société privée et le mécénat artistique nous a aidés dans ce sens.

Vous avez interprété le générique du feuilleton tunisien « Ashab el ardh », composé par Mohamed Amine Bouhaffa. Le feuilleton, comme la chanson, ont eu un succès énorme. Est-ce un pas vers une carrière à l’échelle arabe ? Avez-vous l’idée de vous installer en Égypte comme l’ont fait d’autres chanteurs tunisiens?

Naturellement, c’est un pas vers d’autres publics, sauf que je ne l’ai pas vraiment envisagé. C’était juste un projet qui me tient à cœur sans penser à la cible. J’ai reçu des messages encourageants d’auditeurs égyptiens, ce qui est nouveau pour moi comme je chante d’habitude en dialecte tunisien. Mais, actuellement, je n’ai pas de projets dans d’autres pays arabes. Je veux surtout me concentrer sur la scène tunisienne avec des paroles dans notre dialecte.

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