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Violoniste de renom, ayant accompagné des stars tunisiennes et arabes, et compositeur, Outail Maaoui a présenté cet été son nouveau projet musical « Sada Atlas » au Festival international de Hammamet et au Festival international de Boukornine. Dans cette interview, il revient sur sa vision de la création musicale, ses ambitions et la place qu’il souhaite donner à la musique instrumentale tunisienne.

Comment votre passion pour la musique a-t-elle commencé?

Je suis né dans un milieu artistique. On m’a donc proposé de m’initier à un instrument dès mon plus jeune âge. J’ai refusé au début parce que je voulais continuer à jouer et à m’amuser. Puis, finalement, à 6 ans, j’étais déterminé à apprendre. J’ai fait partie de l’Orchestre de Hafedh Makni, au sein d’une section destinée aux enfants où nous manipulions des jouets. C’était très amusant. Mais à 16 ans, je savais déjà que j’allais construire ma vie autour de la musique.

Est-ce qu’il y a dans chaque musicien passionné par son instrument une graine de compositeur ?

Je ne pense pas que ce soit une règle. Il y a la passion, mais aussi d’autres raisons qui font sortir cette créativité. C’est surtout l’idée de vouloir apporter une touche personnelle au domaine musical.

Comment décrivez-vous la musique que vous composez ? Dans quelle catégorie peut-on la classer ?

C’est avant tout de la musique tunisienne telle que je la conçois, selon ma vision personnelle et à ma manière. Je ne cherche pas encore à construire une identité particulière en tant que compositeur. Dans « Liqaa », « Ombres d’Atlas », et« Sada Atlas », je pars de notre héritage comme source d’inspiration, avec une approche contemporaine. Mes créations sont nourries par les influences qui m’ont traversé personnellement, mais aussi par celles qui ont marqué la musique tunisienne de manière générale. Il y a des influences méditerranéennes, maghrébines, andalouses… Je veux surtout sortir la musique tunisienne des chemins classiques, la décomplexifier, l’alléger tout en conservant sa profondeur, et la rendre encore plus proche du public, encore plus accessible. Ce n’est pas de la musique hybride. Elle est plutôt ouverte sur le monde pour correspondre aux goûts actuels d’un public habitué à plus de légèreté.

Pouvez-vous nous donner une idée globale sur « Sada Atlas » ?

Dans ce spectacle, il y a mes compositions, auxquelles s’ajoutent les titres personnels des chanteurs invités, Hatem Lajmi, Raoudha Abdallah et Dali Chebil. Il y a évidemment un fil conducteur qui relie l’ensemble des morceaux. Je ne vise pas l’aspect commercial ni le simple divertissement. C’est un produit culturel, et je pense que les festivals doivent programmer ce genre de spectacles pour contribuer au renouveau du paysage musical. Le but ultime est de faire en sorte que le public reparte avec le plaisir de la découverte. Il y aura bientôt d’autres représentations.

Jouer au sein d’une troupe qui accompagne de grands chanteurs et se produit devant un large public constitue une zone de confort relative. Quel est le prix à payer pour en sortir et porter vos propres spectacles ?

Beaucoup de fatigue, certes. Heureusement, je suis bien entouré. Des amis musiciens m’ont toujours soutenu. Il faut assurer le suivi du projet, gérer les imprévus de dernière minute, même lorsqu’on pense avoir tout contrôlé, sans oublier l’aspect financier… Mais il faut sortir de sa zone de confort pour avancer. J’ai joué dans de grands concerts avec des chanteurs très célèbres, et c’étaient des expériences mémorables. Pourtant, il y a un plaisir encore plus intense lorsque je joue ma propre musique et  qui dépasse celui que peut procurer un spectacle, même aux côtés des plus grands chanteurs. On ne fait pas des spectacles de création en premier lieu pour l’argent. Au début, il faut même accepter l’idée que cela rapporte peu. Mais il y a le bonheur de voir le projet évoluer et se faire connaître. C’est être soi-même, une question de partage, d’expression, de liberté, et, surtout, de laisser une trace pour les générations futures. Sans ce risque, en se contentant de reprendre sans cesse d’anciennes compositions, on finit par stagner. Il existe des spectacles de reprises et d’hommages que je respecte et que le public apprécie, mais je ne les considère pas comme des projets à part entière.

Lorsque les spectateurs vont à un concert, leur première question est souvent « Qui va chanter ? ». L’attention est donc davantage centrée sur celui qui chante que sur le porteur du projet. Vous avez présenté des spectacles de musique instrumentale sans chanteur. Comment gérez-vous cela ?

Peu d’artistes ont réellement travaillé sur la musique instrumentale. Dhafer Youssef et Anouar Brahem en sont de beaux exemples, mais il existe encore peu de projets solides capables de tenir sur une série de représentations. J’essaie d’être proche du public. J’invite des chanteurs d’un certain niveau, avec lesquels je m’entends bien professionnellement, au-delà de notre relation amicale. Ils croient en notre musique tunisienne et ont des œuvres inédites à présenter. En fait, je prépare un programme spécialement pensé pour chaque cadre. Hammamet, par exemple, est une scène particulièrement difficile et exigeante sur laquelle se produisent de grands noms à l’échelle internationale. Lorsqu’on y joue, je pense qu’il faut obligatoirement présenter de nouvelles créations.

Nous sommes à l’ère de l’intelligence artificielle qui est désormais capable de créer, elle aussi, de la musique. Ces technologies modernes menacent-elles le travail du compositeur et l’avenir de la musique humaine ?

Un logiciel ne pourra jamais véritablement imiter un compositeur. Je ne suis pas contre l’utilisation de ces outils, mais avec une certaine réserve. C’est un peu comme l’intelligence artificielle intégrée aux smartphones qui facilite la vie. Il faut savoir profiter des avancées technologiques pour mixer, corriger un son ou développer une idée, à condition que cette idée soit bien évidemment celle de l’artiste, mais sans que ces outils prennent notre place. On ne peut pas se permettre d’aller jusqu’à demander à l’intelligence artificielle de réaliser une composition entière.

Vous avez été deux fois lauréat du Festival de la chanson tunisienne. Vous avez également participé à l’édition précédente, alors que vous êtes déjà bien connu et expérimenté. Pourquoi avez-vous tout de même tenu à être présent à cette compétition ?

Je ne participe pas pour la compétition elle-même ni pour gagner des prix. Je le fais pour jouer ma musique avec un grand orchestre et des musiciens de haut niveau.

D’ailleurs, je sais qu’après avoir déjà été deux fois lauréat, le jury pourrait naturellement privilégier les autres candidats afin de donner leur chance à tous les participants. D’autres artistes participent également plusieurs fois au Festival de la chanson tunisienne. Il y a toujours une excellente ambiance et nous croisons nos regards autour de la musique tunisienne, chacun l’abordant selon son propre angle.

Après le succès de vos derniers spectacles et après avoir accompagné beaucoup de stars sur scène, en Tunisie comme à l’étranger, vous semblez avoir atteint tout ce dont un musicien peut souhaiter. Qu’est-ce qui vous fait encore rêver ?

J’ai mes rêves de violoniste, ceux de compositeur et d’autres encore en tant que porteur de projets. Hammamet était autrefois un rêve pour moi. Aujourd’hui, je veux aller plus loin. Je voudrais monter de plus grands spectacles avec des orchestres plus importants. Je voudrais jouer sur de grandes scènes. Pourquoi pas à Carthage ? Je souhaite également composer des musiques de films et de feuilletons. J’aimerais aussi exporter mes compositions et faire des tournées à l’étranger, dans des pays arabes et européens. J’ai tellement d’ambitions! Nos rêves deviennent plus grands à mesure que nous avançons.

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