Anis Letaïef a réussi à séduire le public dès ses premiers passages grâce à sa voix puissante et son charisme naturel. Ce chanteur déterminé et ambitieux travaille sans relâche pour s’imposer sur la scène musicale tunisienne. Entre reprises de classiques et nouvelles créations, ses succès s’enchaînent confirmant sa place parmi les artistes à suivre. Entretien.
A quel moment de votre parcours avez-vous décidé de faire une carrière de chanteur ?
J’ai grandi dans un environnement artistique. Mes oncles étaient intéressés par le chant et jouaient des instruments. J’ai toujours été mélomane, sensible aux notes, mais sans pour autant penser à devenir chanteur. J’avais d’autres centres d’intérêts complètement différents. Ce n’est qu’à la faculté que j’ai intégré un club de chant parce que je voulais faire des activités culturelles en marge de mes études. L’émission Superstar a été un véritable tournant dans mon parcours. J’ai passé le casting en 2005, à l’époque où cette émission était en vogue et suivie par un large public à l’échelle arabe. Je suis parti à Beyrouth et cette expérience m’a bien marqué. Cinq ans après, j’ai sorti mon premier album, « Tarabiet », qui reprend des tubes de Warda, Abdelhalim Hafedh et d’autres grands noms de la chanson orientale. Après, j’ai sorti ma première chanson personnelle « Lella Ftima » et c’était un grand hit qui a ouvert la voie à la suite de mon parcours.
A l’époque actuelle, est-ce qu’une belle voix est déterminante pour une carrière solide ?
Oui, la performance vocale est primordiale indépendamment des tendances et du genre musical. Il y a des règles et des fondements dont on ne peut se passer.
Vous chantez beaucoup de répertoires et de dialectes. Quel est le registre qui, selon vous, correspond le plus à votre style ?
Je suis essentiellement un chanteur de variétés. Je fais de la musique pop arabe qui peut être en dialecte tunisien ou autre. Ce n’est pas de la musique populaire comme le mezwed et autres, mais plutôt un autre genre rythmé, léger et qui est tout de même fait sur une base consistante. Ce qui compte le plus pour moi, c’est la qualité de la chanson. Je privilégie naturellement la chanson tunisienne tout en restant ouvert à des collaborations avec des artistes d’autres horizons et je pense que j’aurai une valeur ajoutée à apporter.
Vous avez chanté au Festival international de Carthage, l’été dernier, dans le cadre du concert de groupe « Soirée tunisienne ». Que représente cette expérience pour vous?
Ce dont un artiste rêve, c’est un grand public et une scène aussi emblématique. On s’investit pleinement tout au long de l’année pour être prêt à rencontrer le public lors des évènements estivaux majeurs. C’était donc pour moi un honneur et un rendez-vous à ne pas rater.
Est-ce que vous envisagez d’y chanter prochainement seul ?
Oui évidemment. Je pense que je suis prêt à le faire. Après toutes ces années de carrière, j’ai mes propres succès, j’ai un spectacle abouti, prêt à être présenté. L’année dernière j’ai fait le tour de nombreux festivals dont Sousse, Radès, Tabarka.. Avec mon producteur, on s’est fixé comme prochains objectifs le Festival international de Hammamet puis Carthage.
Vous serez bientôt sur scène pour un spectacle en hommage à trois grands noms de la chanson tunisienne : Hedi Jouini, Mohamed Jamoussi et Ali Riahi. D’autres artistes tunisiens et arabes ont également repris ces titres. La comparaison que cela pourrait susciter vous pose-t-elle problème ?
Il y a de la concurrence dans tous les domaines. Elle fait partie du métier et encourage à progresser. Pour mon spectacle, il ne s’agit pas simplement d’interpréter des chansons juxtaposées, c’est tout un concept. Le passage d’un titre à l’autre est bien étudié. Il y a une histoire qui se raconte au fil des deux heures de musique. A ma connaissance, aucun autre chanteur ne propose le même projet artistique avec cette même approche. On en est à la dixième représentation, ce qui prouve le succès du concept. De plus, c’est un répertoire qui date des années 60 et 70. Cependant, il y a beaucoup de jeunes qui viennent et qui connaissent par cœur des titres qui ne sont pas des plus célèbres. Les concerts d’hommages sont des traits d’union pour que ce legs musical résiste au temps qui passe. De plus, le spectacle se renouvelle à chaque date. Ceux qui l’ont déjà vu plus d’une fois pourront confirmer que ce n’est pas le même contenu. Nous aurons aussi d’autres représentations au mois de ramadan et même à Paris.
Peut-on s’attendre prochainement à de nouvelles créations personnelles de votre part ?
Oui, j’ai quatre chansons enregistrées et tournées en clips. Trois sont en dialecte tunisien, et une quatrième en dialecte égyptien. Je m’apprête à les sortir et il nous reste l’étape de la distribution digitale. Ce n’est pas un album. Nous prévoyons de sortir une chanson par mois d’ici l’été. Je suis actuellement en train d’étudier les offres et je cherche un distributeur de confiance et un contrat qui arrange les deux parties.
C’est donc une preuve que les chanteurs tunisiens sont dynamiques et ne se contentent pas de reprendre des classiques…
Il y a des artistes qui travaillent dur et qui ont un produit personnel. J’ai moi-même des chansons qui ont connu beaucoup de succès. Les concerts d’hommage ne sont qu’un projet parmi d’autres. D’ailleurs, même les plus grands artistes internationaux font des reprises.
Qu’est-ce qui empêche, à votre avis, les chansons tunisiennes de devenir des hits au même niveau des tubes égyptiens et autres ?
Ce n’est pas la qualité qui fait la différence. Nous avons d’excellents musiciens, arrangeurs, techniciens tunisiens… Notre problème n’est pas purement artistique, dans le domaine musical comme au cinéma et dans d’autres secteurs encore. C’est essentiellement un problème de marketing. Le marché est restreint. Cette réalité est manifeste rien qu’en considérant le nombre d’habitants. Un public de 12 millions contre 120 millions. De plus, nos chansons n’atteignent que les pays voisins, contrairement à la musique égyptienne dont l’audience couvre tout le monde arabe. Cela contribue à des écoutes et à un reach beaucoup plus importants pour eux.