L’homologation pour le GPL indispensable
Face à l’envolée des prix des carburants en Tunisie — 2,525 dinars le litre d’essence sans plomb et 2,3 dinars pour le gasoil — de nombreux automobilistes cherchent des solutions moins coûteuses pour continuer à circuler. A Sfax notamment, le recours au Gaz de Pétrole Liquéfié (GPL) s’est largement répandu, surtout chez les chauffeurs de taxi. Une pratique qui oscille aujourd’hui entre nécessité économique, absence d’encadrement légal et risques majeurs pour la sécurité publique. Mais cela dans la clandestinité, sans cadre réglementaire, ni homologation officielle…
Selon l’expert automobile Mohamed Farès Fekih, la ville de Sfax est devenue le principal foyer de l’utilisation du GPL comme carburant alternatif en Tunisie. «Près de 90 % des taxis à Sfax roulent au gaz», affirme-t-il. Mais derrière cette économie apparente se cache une réalité plus préoccupante: la majorité des installations sont réalisées clandestinement, sans homologation ni contrôle technique adapté. On lui a demandé bien d’autres réponses à ces questions : le recours au gaz liquéfié GPL commence-t-il réellement à séduire les automobilistes tunisiens face à la hausse continue des carburants classiques? Quels sont aujourd’hui les principaux avantages économiques du GPL pour un conducteur tunisien au quotidien ?
Le véhicule doit-il subir une visite technique spéciale ou des contrôles de sécurité supplémentaires ? Quels sont les risques encourus par les automobilistes qui utilisent des installations GPL non homologuées ou montées clandestinement ?
Economies en carburant
L’avantage financier est pourtant considérable. D’après les témoignages recueillis, un chauffeur peut parcourir environ 250 kilomètres avec seulement 8 dinars de gaz domestique, contre près de 50 dinars en essence. Cette différence explique l’essor massif du phénomène dans une région fortement touchée par la hausse du coût de la vie et la baisse du pouvoir d’achat.
Cependant, l’absence d’un véritable réseau structuré GPL en Tunisie complique fortement la situation. Très peu de stations-service distribuent officiellement le GPL carburant, obligeant certains conducteurs à utiliser directement des bouteilles de gaz ménager branchées artisanalement sur leurs véhicules. « C’est extrêmement dangereux pour les conducteurs et leurs passagers », avertit Mohamed Farès Fekih. Les risques d’incendie ou d’explosion sont réels, d’autant que certaines transformations sont effectuées sans respect des normes de sécurité.
Homologation nécessaire
Le problème se pose également lors de la visite technique obligatoire. Les propriétaires de véhicules équipés illégalement démontent souvent toute l’installation GPL avant le contrôle afin d’éviter un refus immédiat. L’expert souligne que l’homologation officielle reste indispensable pour circuler légalement. Elle implique des démarches administratives, des taxes et des contrôles spécifiques, encore peu appliqués en pratique. Autre difficulté, la compatibilité des équipements importés. Certaines voitures venues d’Europe, comme des modèles récents de Seat Ibiza équipés d’origine au GPL, rencontrent des problèmes d’adaptation avec les infrastructures tunisiennes.
Les raccords et systèmes utilisés à l’étranger ne correspondent pas toujours aux équipements disponibles localement.
Modèles inadaptés au GPL tunisien
L’expert Mohamed Fekih de pousser le raisonnement : « Pourquoi quelqu’un vous demanderait 1,5 MD, pour un même système qui coûte 800 D chez un autre mécanicien ? Tout simplement parce qu’il travaille sur des compteurs spéciaux. Il opère sur des éléments qui signifient plus d’efficacité et un système plus sûr et sécurisé. C’est pourquoi, surtout dans ce cas précis, le citoyen doit prévoir de nombreuses actions lors de l’achat d’une voiture à moteur essence pour y installer une installation au gaz. La première chose à faire est de prendre des dispositions avec l’État, de demander une homologation, de payer les taxes correspondantes. Oui, car cela ne lui coûtera pas énormément, ce qui signifie que c’est une opération importante, qu’il suit la procédure et qu’avec une licence complète, il travaille simplement. Le problème que nous rencontrons encore en Tunisie, c’est que dans certaines villes, deux ou trois stations fournissent le GPL 14. Toutefois, certaines voitures sont compatibles et d’autres non. Certaines sont fiables et durables, d’autres moins. Par exemple, j’ai une anecdote. Un client m’a parlé du diagnostic d’achat d’une Seat Ibiza, modèle 2022, une petite voiture de 4 ans importée d’Allemagne. A la réception du véhicule, j’ai constaté qu’il était équipé d’une installation GPL d’origine. En voulant l’utiliser en Tunisie, il s’est aperçu que notre GPL et celui de la marque n’étaient pas compatibles. Il a constaté que le raccordement aux conduits et tuyaux de gaz tunisiens n’est pas compatible avec cette voiture. On ne peut pas continuer à utiliser les voitures étrangères avec le système destiné pour l’étranger. C’est un problème réel».
Au-delà des questions techniques, cette situation révèle aussi un enjeu économique national. Le recours détourné au gaz subventionné représente un manque à gagner pour l’Etat tunisien et accentue parfois les pénuries de carburants classiques dans certaines régions. Pour de nombreux citoyens, le GPL apparaît néanmoins comme une solution de survie face à une inflation persistante.
Entre économies substantielles pour les ménages et absence de réglementation réellement appliquée, le développement du GPL en Tunisie reste aujourd’hui marqué par un paradoxe: un carburant potentiellement avantageux et moins polluant, mais encore utilisé dans un cadre largement informel. Plusieurs professionnels du secteur appellent désormais à la mise en place d’un véritable système d’homologation, de centres agréés et d’un réseau de distribution sécurisé afin d’éviter que cette alternative énergétique ne devienne un danger public.