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Acteur et réalisateur, Mohamed Hessine Grayaâ s’est illustré au fil des années dans des projets qui ont eu un large succès. Une information en exclusivité : le dernier film de Kamel Laaridhi, dans lequel il joue, vient d’être sélectionné à la Mostra de Venise.
Dans cet entretien, il revient sur ses choix artistiques et des moments forts de sa carrière.

Vous avez commencé votre parcours artistique dans le théâtre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
J’étais d’abord enseignant, puis j’ai quitté ce métier pour lancer ma carrière d’acteur. J’ai fréquenté le Centre des arts dramatiques du Kef, à l’époque de feu Moncef Souissi. J’ai collaboré avec Mounir Argui, Lassâad Ben Abdallah, Ezzedine Gannoun, Noureddine Ouerghi et d’autres réalisateurs.
Mes débuts au cinéma ont été avec « Khorma » de Jilani Saadi. Nous avons fait deux autres films ensemble : « Tendresse du loup » et « Insurrection ». J’ai rencontré Kamel Laaridhi sur le plateau de mon tout premier film « Khorma ». À cette époque, il faisait partie de l’équipe technique, Amine Messaadi, directeur du tournage dans le nouveau film et lui.

Le public vous associe surtout au grand écran. Vous êtes moins présent dans les feuilletons. Cette présence discrète à la télé est-elle un choix de votre part ?
Je n’ai rien contre les feuilletons, sauf qu’il faut parfois solliciter les producteurs et les réalisateurs pour obtenir des opportunités. Je refuse d’agir ainsi. Je suis plutôt réticent. Je pense que je peux m’imposer par mon travail, par mes rôles. De plus, le rythme des productions est presque machinal. La participation est limitée à l’interprétation du personnage, rien de plus. Ce n’est pas comme dans le cinéma, notamment le cinéma d’auteur. La palette des genres et des personnages est plus variée. On m’implique des fois dans l’idée même, avant l’écriture du scénario. Nous y réfléchissons ensemble et nous échangeons en continu sur le développement du projet.

Vous avez reçu beaucoup de prix, en Tunisie et à l’étranger. Vous avez même été à Ouagadougou pour le Prix du meilleur acteur en Afrique du Nord. L’un des films dans lesquels vous avez joué, « Brotherhood », a cumulé plus de 60 récompenses et a été retenu sur la shortlist pour les Oscars. Ces consécrations sont-elles juste des moments de bonheur passagers ou ont-elles un impact sur la suite de votre carrière ?
Il y a évidemment un énorme bonheur devant la valorisation de mon travail. C’est aussi une preuve de la qualité du film. Le cinéma tunisien n’est pas suffisamment avancé en matière de technologies de pointe. Nous avons tout de même d’excellents scénarios. Nous faisons de bons films en dépit des problèmes financiers et des autres obstacles auxquels notre industrie est confrontée. Le principal défit reste le manque de matériel. De plus, le marché est restreint. Nous devons donc redoubler d’efforts pour que nos films soient remarquables et concurrentiels parmi les millions de productions et de vidéos qui circulent d’une manière générale. Nos œuvres sont profondes, authentiques et portent une prise de conscience. Chaque consécration nous encourage donc, à persévérer davantage. Cela compte énormément pour moi et dépasse l’idée de réussir un rôle rien que pour recevoir plus d’offres.

« Brotherhood » a-t-il été une étape marquante dans votre carrière ?
Evidemment ! Je ne le vois pas comme une satisfaction personnelle. C’est le premier film tunisien retenu sur la shortlist des Oscars. Il est la preuve que les jeunes réalisateurs peuvent réussir et aller loin. Meryam Joobeur est installée aux Etats-Unis, mais elle a fait ce film avec des moyens limités, ce qui est inspirant. Elle donne l’exemple et encourage les autres cinéastes à croire en leurs projets.

Vos avez campé des personnages très variés. Est-ce qu’il y avait parmi eux le rôle de votre vie ?
À chaque fois que je joue un personnage, je considère que c’est le rôle de ma vie. Il y a toujours une part de mes rêves dans mes personnages. Ils partagent avec moi ma vie et mes pensées le temps du tournage. C’est le pourcentage qui fait la différence. Reste que le rôle est écrit par un scénariste et dirigé par un réalisateur. Il appartient plus au film qu’à l’acteur. Il l’interprète, y met sa touche, mais sans se l’approprier entièrement.

Est-ce que la marge du rôle compte pour vous quand vous évaluez une proposition ?
Oui, mais ce n’est pas le premier critère de choix. Je fais tous les rôles avec le même professionnalisme. Des fois, un passage concis peut être percutant et change le cours des évènements. Il marque donc tant l’œuvre que le public.

Actuellement, les internautes agissent comme de vrais critiques et leurs réactions peuvent influencer la perception d’un film. Accordez-vous de l’importance aux avis publiés sur les réseaux sociaux ?
Oui, c’est vrai qu’ils ont leur poids. Je respecte le droit de donner des avis sur les réseaux sociaux. Or, la réalité virtuelle a ses codes et ses valeurs qui diffèrent de la réalité sociale. Il y a un visage plus dur. Certains internautes vont parfois jusqu’à l’agressivité en se cachant derrière leurs écrans. Une autre attitude que je n’apprécie pas, c’est de prendre une scène isolée et de la publier comme si elle représente tout le film. Cela relève parfois de mauvaises intentions. Je préfère les critiques édifiantes des plateformes spécialisées comme AlloCiné.

En plus de votre parcours d’acteur, vous avez aussi porté des projets en tant que réalisateur. Pourquoi n’avez-vous pas poursuivi davantage dans cette voie ?
La première expérience est « L’Enfant roi », un film d’animation basé sur une pièce de théâtre. Il a participé à des festivals à l’étranger et a reçu le Prix des Journées du cinéma européen. J’ai réalisé un autre court métrage pendant la période du Covid et il a été projeté en marge des JCC.
La réalisation est une expérimentation pour moi. J’y mets le temps qu’il faut. D’ailleurs, j’ai actuellement un nouveau projet en tête. Je suis encore en train d’arranger mes idées. Je ne veux pas me précipiter et me forcer à suivre un calendrier pour les fonds, les subventions et les participations dans les festivals.

Revenons sur votre dernier film avec Kamel Laaridhi. Pouvez-vous nous donner un aperçu sur votre rôle?
L’histoire est inspirée d’un fait divers. J’interprète le fils d’une femme manipulée pour commettre un attentat terroriste. Il se remémore la tragédie des années après et tente de les reconstruire à travers ses souvenirs.
Le cinéma et la littérature permettent, en effet, de prendre du recul sur ces événements et de les questionner. Le contraste entre un passé lointain et le futur imaginé, comme dans le film, permet de considérer ces drames sous plusieurs angles. Ce n’est pas seulement un crime isolé. Il faut réfléchir sur l’Homme d’une manière générale, sur cette vague de violence et ses différentes dimensions. L’impact de ces actes terroristes sur la société tunisienne persiste encore aujourd’hui. Il ne disparaît pas avec la disparition de ceux qui y ont été impliqués.

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