De rôle en rôle, Mohamed Souissi continue de nous surprendre par la variété des personnages qu’il interprète. Nous l’avons retrouvé dans plusieurs séries lors du mois de Ramadan dernier. Il est aujourd’hui à l’affiche de «Last Chance», un film comique de Mohamed Khalil Bahri, aux côtés de plusieurs artistes appréciés du public. L’occasion de revenir avec lui sur son parcours et sur cette nouvelle expérience au cinéma.
Vous avez récemment enchaîné plusieurs rôles comiques. Est-ce une nouvelle orientation vers ce genre ou tenez-vous toujours à préserver votre polyvalence ?
Oui, tout à fait. Pour moi, un comédien est comme un peintre. Il a une palette de couleurs qu’il peut manier et choisir à chaque fois celle dont il a besoin. Je ne fais pas vraiment de distinction entre le comique, le tragique ou les autres situations. Je m’adapte à chaque rôle en fonction de ses exigences.
Après «Papillon d’or», réalisé par Abdelhamid Bouchnak, c’est la deuxième fois que vous incarnez le rôle principal d’un long métrage. Les deux personnages sont très différents. Comment passez-vous d’un rôle à l’autre avec autant d’aisance ?
«Last Chance» est un film léger, porté par l’humour. Chaque personnage y a sa place. Dans «Papillon d’or», il y avait davantage de dimensions psychologiques. Le personnage était particulièrement complexe et nécessitait beaucoup plus d’efforts, ainsi qu’une véritable préparation psychologique. C’est d’ailleurs l’une des grandes choses que j’ai apprises lors du tournage de ce film : comment entrer dans la peau d’un personnage, mais aussi comment parvenir à s’en défaire. Abdelhamid Bouchnak, mais surtout Fethi Haddaoui m’ont beaucoup aidé sur ce point. C’était une expérience assez singulière.
Dans «Last Chance», le rire est présent tout au long du film, mais la scène finale porte également un message fort. Sans dévoiler l’intrigue, dans quelle mesure était-il important pour vous que le film laisse une réflexion au public ?
C’est un peu comme dans les fables. Le message final constitue l’aboutissement de l’œuvre. Il est important de transmettre quelque chose au public à la fin. Le film rappelle que les jeux d’argent et la recherche du gain facile peuvent avoir des conséquences, mais aussi que l’histoire de notre pays est sacrée.
Chacun doit ressentir de la fierté pour l’histoire millénaire de notre pays, notamment face à des étrangers. C’est quelque chose que j’ai moi-même vécu lorsque j’ai travaillé avec des personnes de nationalités différentes. La Tunisie est un pays riche, avec ses monuments, ses trésors, mais aussi son patrimoine culinaire et vestimentaire. Tout cela n’est absolument pas à vendre.
Le film comporte des scènes comiques, mais aussi des scènes de combat. Comment vous êtes-vous préparé à ces séquences ? Les coups échangés étaient-ils réels ?
Nous avons beaucoup ri pendant le tournage de ces scènes. La production a fait appel à un coach, un expert en arts martiaux qui a participé à de nombreux événements importants à l’échelle internationale. Il nous a appris des techniques et des astuces pour utiliser notre corps avec plus de souplesse et surtout pour simuler des scènes d’action impressionnantes sans que les coups ne soient réellement portés.
Il y a eu tout de même quelques petits incidents pendant le tournage, mais nous les avons pris avec beaucoup d’humour. J’ai heurté Mohamed Karmoussi avec la porte sans le vouloir, j’ai aussi trébuché et je suis tombé par terre en courant…
C’était quelque chose de nouveau pour nous, de jouer des scènes d’action de cette manière, mais l’expérience a été très agréable. Il y avait donc tout un travail de préparation au préalable, puis la mise en pratique dans les scènes que vous voyez finalement à l’écran.
Vous n’aviez jamais collaboré auparavant avec Mohamed Karmoussi, mais l’alchimie et l’entente entre vous étaient évidentes à l’écran. Quelle est votre relation dans la vie ?
En réalité, nous sommes amis dans la vie. Nous nous rencontrons souvent et avons même des amis en commun. Cela nous a beaucoup facilité le travail sur le film. Jouer avec une personne que l’on connaît depuis longtemps n’est pas pareil qu’avec un partenaire que l’on découvre et avec qui le courant peut passer… ou pas.
Il y a une scène dans le film où vous évoquez Kafon avec Issam Absi. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, c’était un hommage à quelqu’un que nous apprécions tous beaucoup. Je n’oublie jamais mes amis qui nous ont quittés. C’était la moindre des choses que nous pouvions faire pour lui, d’autant que nous savons l’impact que sa disparition a eu sur sa famille et sur tous ceux qui l’ont aimé. D’ailleurs, la réaction du public lors de l’avant-première du film était particulièrement émouvante. Ce moment m’a également profondément marqué. Le souvenir de Kafon reste toujours très présent. Nous avons collaboré à plusieurs reprises et j’ai beaucoup de beaux moments avec lui.
Pensez-vous que « Last chance » puisse vous ouvrir les portes de nouveaux rôles importants dans des productions de ce genre ?
C’est ce qu’on appelle généralement un film commercial. Pour ma part, je suis ravi de voir que nous avons aujourd’hui une industrie de plus en plus dynamique, avec de belles séries pendant Ramadan et de nombreux films tout au long de l’année. En ce qui me concerne, cela me permet d’avoir une présence régulière à l’écran à longueur d’année et de recevoir plus de propositions, ce qui peut contribuer à faire évoluer ma carrière et à me rapprocher encore davantage du public.
Vous êtes déjà un acteur connu, et le fait d’être à l’affiche d’un film qui attire un grand nombre de spectateurs vous permettra forcément de gagner encore en notoriété. Comment percevez-vous la notion de célébrité, surtout lorsque vos œuvres sont suivies par plusieurs générations ?
La popularité ne vient pas uniquement du cinéma. Il y a aussi les feuilletons ramadanesques qui sont suivis par un très grand nombre de Tunisiens. C’est notamment mon rôle dans la série «Arrière el Goddem» qui m’a donné une grande reconnaissance, avant même ce film. Pour moi, cette popularité représente avant tout une responsabilité. Il y a des jeunes qui viennent me parler et des parents qui souhaitent que leurs enfants prennent des photos avec moi. J’en profite pour leur transmettre des messages positifs concernant l’école et les études, les encourager à faire de la musique ou à suivre des formations. Certains jeunes se sentent frustrés par différentes circonstances. J’essaie donc de leur donner des idées et de leur montrer qu’il existe d’autres possibilités, pour qu’ils ne réduisent pas leurs ambitions au seul rêve de partir à l’étranger. J’ai gardé contact avec certaines personnes auxquelles je pense particulièrement, et j’ai pu constater l’effet que mes conseils ont eu sur elles. Cela me rend particulièrement heureux.
Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?
Je m’estime chanceux parce que beaucoup de productions auxquelles j’ai participé auront des suites. Il y aura donc une deuxième saison de «Accident», «Sahbek Rajel 3» et un troisième volet de «Arrière el Goddem». Ces productions ont rencontré un véritable succès auprès du public, mais aussi sur le plan financier. Le défi, désormais, est d’enrichir les scénarios, de créer de nouvelles situations et de nouveaux axes, et même d’introduire de nouveaux personnages pour ne pas tomber dans la répétition.

