À seulement 18 ans, Ghalia Ben Halima est déjà une virtuose du oud. Elle s’est rapidement imposée sur les grandes scènes, explorant différents styles musicaux. Entre passion, rigueur et envie de créer, elle revient sur son parcours et ses ambitions.
Très jeune, vous vous êtes imposée comme une enfant prodige qui joue avec de grands musiciens expérimentés. Est-ce que vous avez eu des privilèges grâce à votre âge ou avez-vous assumé vos responsabilités tout comme les adultes ?
J’ai été pendant une bonne période la plus jeune soliste au sein de l’Orchestre symphonique tunisien. L’âge n’est pas la raison principale pour laquelle on me contacte pour des projets. Cela ne justifie pas que je prenne la place d’un adulte qui serait plus compétent que moi. D’ailleurs, je n’ai jamais bénéficié d’un traitement de faveur. Sur le plan personnel, il y a un rapport très sympathique avec les autres musiciens, mais lorsqu’il s’agit de projets professionnels, la même discipline et la même rigueur s’appliquent à tout le groupe, de manière égale. Ma première collaboration avec l’Orchestre symphonique tunisien a été pour un concert à Alger. Je me suis retrouvée directement en voyage avec des musiciens expérimentés, avec une responsabilité à assumer. J’ai réussi à m’intégrer et je prends leurs conseils en considération. En parallèle, je fais des efforts pour être au même niveau qu’eux et porter pleinement le nom de l’orchestre.
Vous avez commencé dans un conservatoire et vous jouez actuellement dans des événements importants. Comment s’est fait le passage de l’apprentissage aux grandes scènes ?
Ma vie a changé en une nuit grâce aux vidéos dans lesquelles je joue et que je publie sur les réseaux sociaux. J’ai été contactée pour rejoindre l’Orchestre symphonique tunisien et j’ai eu, à plusieurs reprises, des propositions pour jouer avec des artistes qui avaient vu mes vidéos.
Est-ce que vous vous considérez actuellement comme une musicienne professionnelle ?
Oui, évidemment.
Qui dit oud, dit tarab, musique tunisienne et orientale. On vous voit pourtant dans des projets qui n’ont pas cette orientation, comme des concerts de jazz ou de musique symphonique. Comment trouvez-vous votre place, vous et votre instrument, dans ces styles ?
Ce sont les concerts où je prends le plus de plaisir. J’ai commencé à jouer du oud à l’âge de 5 ans. J’ai appris les bases de la musique tunisienne et orientale et j’ai joué énormément de morceaux dans ces styles. Je cherche actuellement de nouvelles expériences pour ne pas avoir l’impression de tourner en rond. En même temps, je tiens à conserver le timbre du oud. C’est une identité que je veux préserver et à travers laquelle je veux toujours aller plus loin. C’est pour cette raison que les projets de musiques du monde m’attirent particulièrement.
Quand vous jouez sur des scènes prestigieuses, comme à Carthage, devant des milliers de spectateurs, et que vous faites des solos où tous les projecteurs sont tournés vers vous, comment vivez-vous ces moments entre trac et fierté ?
Avant le solo, je me concentre sur le fait de compter les mesures pour savoir à quel moment je dois commencer. C’est un moment où je suis totalement absorbée par ce que je fais, une concentration totale. Il suffit que je commence à jouer pour que tout le trac disparaisse, et c’est alors un grand moment de plaisir.
Vous avez partagé la scène avec de grands chanteurs. Dans ces spectacles, les musiciens sont souvent perçus comme un ensemble, sans que chacun soit distingué individuellement. Est-ce que l’idée de vous faire remarquer davantage et de devenir célèbre vous tente ?
Auparavant, les musiciens étaient moins mis en avant que les chanteurs. Aujourd’hui, les mentalités ont changé et ils sont de plus en plus valorisés. L’essentiel, c’est de construire un parcours avec passion. La célébrité n’est pas un objectif en soi.
Quels sont les artistes qui vous fascinent et avec lesquels vous souhaiteriez un jour jouer ?
Dhafer Youssef et Anouar Brahem. J’ai une énorme admiration pour ce qu’ils font et j’aimerais beaucoup les rencontrer et jouer avec eux.
Et à l’échelle arabe et internationale ?
Je dirais encore Dhafer Youssef et Anouar Brahem.
Awess, votre frère, est lui aussi soliste et joue dans des concerts importants. Est-ce que votre influence l’a poussé à prendre ce chemin ou est-ce plutôt le même environnement qui a fait de vous des artistes ?
Awess a un an de moins que moi et il aime beaucoup le qanoun. Il a commencé après moi et, lorsqu’il a vu à travers mon expérience à quel point ce milieu était fascinant, il a voulu en faire partie.
Vous faites beaucoup de concerts et de passages médiatiques. Est-ce que cette vie d’artiste n’a pas affecté le côté petite fille qui aurait voulu jouer et avoir une enfance ordinaire ?
J’ai commencé avec la musique avant même d’avoir des souvenirs de ce qu’était ma vie avant. J’ai grandi avec un oud à la main. Cela fait partie de ma vie. C’est une passion et une profession. Le rythme est fatigant, je l’avoue. Mes journées commencent parfois à 10 heures du matin et se terminent après minuit. Au mois de juillet dernier, j’ai fait cinq concerts en une semaine, dans des villes différentes, avec des artistes différents et des répétitions à effectuer au préalable. Mais la fatigue et le manque de sommeil peuvent se rattraper. En revanche, les moments forts sur scène, eux, ne se rattrapent pas. Ma famille m’a toujours encouragée et soutenue, surtout ma mère.
Vous avez composé le morceau «Wachaj » qui a été récemment joué par l’Orchestre philharmonique des solistes lors d’un événement important, en présence de Marcel Khalifa, du maestro égyptien Nader Abbassi et d’autres musiciens étrangers. Comment avez-vous vécu cette expérience de compositrice devant de si grands
noms ?
C’est l’un de mes plus beaux souvenirs. Le chef d’orchestre Achref Bettibi n’a pas hésité à intégrer ma composition au programme, et l’arrangement de Racem Damak a permis de mettre davantage la musique en valeur. J’ai travaillé dur pour réaliser le rêve de présenter ma propre musique avec un grand orchestre et devant tout ce monde. Ce morceau a aussi été enregistré dans les studios de la Radio tunisienne.
Quand vous estimez-vous être prête à porter vos propres projets?
J’ai deux concerts prévus en octobre, avec mes propres compositions, à deux occasions différentes. Ce sont mes projets personnels que je prépare depuis des mois. Je ne peux pas en donner les détails pour le moment.