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On connaît La Manouba comme une partie du Grand Tunis. On la traverse, on y passe, on y travaille. Mais combien prendre réellement le temps de s’y arrêter ? Il suffit pourtant de quitter quelques instants les grandes artères pour découvrir une autre facette du gouvernorat. Derrière le rythme de la ville, des rues et des constructions modernes subsistent des palais, des jardins, des fontaines et des traces d’une histoire qui mérite d’être regardée de plus près. La découverte commence avec cette impression familière de se trouver dans un endroit proche, tout en ayant l’impression de le voir pour la première fois. Ici, une vieille façade attire le regard ; là, une porte ancienne rappelle qu’une autre vie s’est déroulée derrière ses murs. La Manouba ne livre pas son patrimoine d’un seul coup. Il faut avancer, observer et surtout ne pas être pressé.

Parmi les lieux qui méritent une véritable halte, Kobbet Ennhas occupe une place particulière. Le palais, construit par Mohamed Errachid Bey vers 1756 puis agrandi et embelli sous Hammouda Pacha, rappelle l’importance de La Manouba dans l’histoire des résidences beylicales. Dès l’approche, l’architecture impose son caractère. À l’intérieur, les marbres, les faïences et les décors en stuc témoignent du soin apporté à ces demeures. Le nom du palais renvoie à une ancienne coupole en cuivre qui se trouvait dans le jardin. On imagine alors les jardins, les vergers et cette atmosphère de villégiature qui devait attirer les beys loin de l’agitation de Tunis.

Kobbet Ennhas n’est pas seulement un monument à photographier. C’est un lieu qui donne envie de comprendre ce qui l’entoure. Pourquoi La Manouba ? Pourquoi ces palais ici ? Pourquoi ces jardins et ces vastes domaines ? En poursuivant la balade, les réponses apparaissent progressivement. La proximité de Tunis, la richesse des terres et la présence de l’eau ont contribué à faire de cette région un espace privilégié.

Le Palais de la Rose, ou Ksar El Warda, prolonge cette découverte. Aujourd’hui occupé par le Musée militaire national, il conserve le souvenir d’une époque où les résidences beylicales faisaient partie du paysage de La Manouba. La visite permet de découvrir les collections du musée, mais aussi de prendre le temps d’observer l’architecture et les espaces de cette ancienne demeure.

Puis il faut revenir à la rue, car c’est aussi là que La Manouba raconte son histoire. Le patrimoine n’est pas toujours monumental. Il peut se cacher dans une fontaine, un encadrement de porte ou une façade que l’on remarque à peine. Le Sabil Hammouda Pacha rappelle notamment le rôle essentiel de l’eau dans la vie quotidienne. À une époque où les déplacements se faisaient autrement, une fontaine pouvait représenter une halte indispensable pour les habitants comme pour les voyageurs.

En prenant la direction de Tebourba et d’El Battan, le décor change. Les constructions se font moins présentes et les terres agricoles reprennent leurs droits. Le regard s’élargit. Le pont-barrage d’El Battan témoigne de cette autre histoire de La Manouba, celle de l’eau et de l’agriculture. Ici, le patrimoine ne se découvre plus seulement dans les pierres, mais aussi dans le paysage.

C’est précisément dans ces espaces que les amateurs de randonnée trouveront une autre raison de venir. Marcher dans la campagne permet de découvrir le gouvernorat à un rythme complètement différent. On quitte la voiture, on emprunte un chemin et, progressivement, les bruits de la ville s’effacent. Les champs, les arbres, les reliefs doux et les petits chemins ruraux composent un paysage qui invite à prendre son temps. Pour les photographes amateurs, les amoureux de nature ou ceux qui cherchent une sortie proche de Tunis, ces espaces offrent une belle parenthèse. Il reste toutefois préférable de choisir des itinéraires connus et accessibles, particulièrement dans les secteurs ruraux, et de prévoir de l’eau, de bonnes chaussures et une protection contre le soleil.

Ce qui frappe finalement à La Manouba, c’est cette étonnante proximité entre la ville, l’histoire et la campagne. En une même journée, il est possible de passer devant un palais beylical, de s’arrêter devant une ancienne fontaine, de découvrir un ouvrage hydraulique puis de terminer la journée sur un chemin rural. La Manouba mérite donc mieux qu’un simple passage. Elle demande que l’on ralentisse. Que l’on regarde les détails. Et c’est peut-être là que commence la véritable escapade : lorsque l’on cesse de traverser La Manouba pour enfin la découvrir.

Samira Hamrouni

Equipe Rédaction La Presse de Tunisie - Responsable magazine la presse

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