Étrange époque que la nôtre, où certaines stars, toutes obédiences confondues, ont manifestement déclaré la guerre au temps qui passe. Refusant obstinément le principe même du continuum temporel, elles multiplient les offensives contre les années qui s’accumulent. Fards, opérations esthétiques en cascade, injections de botox et autres contributions au progrès de la médecine esthétique. Le tout pour une seule et unique quête, retrouver une jeunesse qui, elle, s’est tirée depuis belle lurette sans laisser d’adresse.
Certaines de ces vaillantes “combattantes du temps” se sont d’ailleurs produites cette année au Festival de Carthage. Par respect et aussi pour éviter un procès, on ne les nommera pas. Elles étaient méconnaissables ! Il serait, toutefois, injuste de ne pas préciser qu’elles ont réussi l’exploit de devenir la risée générale.
À les voir aujourd’hui, on peine à croire qu’il s’agit bien des mêmes artistes qui, dans les années 80, nous subjuguaient par des voix sublimes autant que par une beauté qui, elle, n’avait besoin d’aucune retouche. À cette époque, un sourire se lisait sur un visage. Aujourd’hui, il faut le deviner, l’interpréter, parfois même le négocier. Les traits sont si figés que le moindre mouvement facial relève de la prouesse technique.
Ces visages redessinés, lissés, tirés, gonflés, ne racontent plus rien. Ils effacent tout. Chaque coup de bistouri veut gommer une ride, comme on efface une faute avec du correcteur. Mais le temps, lui, n’a jamais signé de contrat de confidentialité. Il continue de révéler, de la manière la plus hideuse et la plus sarcastique, ce que les stars s’acharnent à dissimuler.
Et c’est là tout le paradoxe. Plus on lutte contre le vieillissement, plus on en devient la publicité vivante, non pas de la beauté qui dure, mais de l’angoisse qui persiste. À force de vouloir arrêter le temps, on finit parfois par arrêter les expressions et tomber dans la laideur.
Ceci est tout aussi vrai pour la gent masculine. Alors que le temps s’est déjà attaqué à leur chevelure et les a rendus chauves, ces messieurs refusent la fatalité. Ils recourent à la greffe de cheveux ou à d’autres subterfuges pour tenter de retrouver leur toison perdue, mais n’en deviennent pas moins… ridicules.
On assiste, impuissants, à ce théâtre où des visages autrefois expressifs se transforment en masques visages de cire, plus proches de la porcelaine que de la chair. Une décadence bien tranquille, feutrée, appliquée avec le sourire… enfin, si l’on peut encore en deviner un.
Vieillir en beauté, disait-on. On aurait peut-être dû préciser qu’il s’agissait de beauté naturelle. Parce qu’à ce rythme, la prochaine génération de stars n’aura même plus besoin de vieillir. Elle sortira directement de l’usine esthétique, prête à l’emploi, hors du temps, et surtout hors d’expression… et, à ce stade, presque hors d’état civil.