Les mariages se font de plus en plus rares ces dernières années. Les youyous étaient plutôt réservés au début de l’été aux lauréats du baccalauréat, cette clé, dit-on, capable d’ouvrir toutes les portes.
Puis, et comme par enchantement, on perd de vue les lauréats du bac. Ils sont comme engloutis dans un trou noir. C’est le silence assourdissant des longues et pénibles années passées dans les dédales du cursus universitaire. Indétectables aux radars de la vie quotidienne, ils réapparaîtront un jour, lestés de diplômes, mais délestés de quelques illusions.
Ils quittent la vie estudiantine, le devoir accompli, mais le regard déjà assombri par un avenir qu’il leur faudra affronter avec stoïcisme. La quête d’un emploi digne de leurs aspirations se heurte très tôt aux murs d’un marché du travail verrouillé, où les portes demeurent obstinément closes et où les compétences finissent souvent par céder le pas aux passe-droits, aux recommandations ou à la simple faveur du hasard.
Les années s’égrènent alors au rythme des candidatures sans réponse, des concours sans lendemain et des espoirs qui s’effritent. Le temps passe, les projets s’ajournent, les rêves se fissurent, jusqu’à ce que le mariage lui-même cesse d’être un horizon naturel pour devenir un luxe que beaucoup n’osent plus envisager. À quoi bon se fatiguer les méninges lorsque le salaire fissure les rêves et que les amours viennent se briser sur les récifs d’une réalité écrasante jusqu’à la résignation ?
Les parents, eux, continuent pourtant de jouer leur rôle avec une remarquable constance. À chaque cérémonie familiale, la même question revient comme un leitmotiv inusable : « Alors, c’est pour quand ? » Comme si le mariage relevait d’un simple rendez-vous qu’il suffisait de fixer après le battement des cils d’une dulcinée, puisque c’est toujours la gent masculine qui doit faire le premier pas. D’ailleurs, on ne sait pas trop pourquoi, alors qu’on prône depuis des années l’égalité des sexes en Tunisie.
On oublie seulement qu’avant de chercher une âme sœur, il faut souvent trouver un travail décent et dans le meilleur des cas, une banque suffisamment “romantique” pour accorder un crédit. Le mariage attendra des jours meilleurs. Entre-temps, les alliances restent sagement en vitrine et les salles des fêtes se recyclent en espaces de séminaires.
À défaut de célébrer des unions, on collectionne désormais les diplômes, les formations complémentaires, les stages et les certificats. Le trousseau de la mariée a été remplacé par un dossier de candidature soigneusement relié, tandis que la liste des invités cède la place à celle des recruteurs qui ne répondront jamais. Cupidon et Éros, jadis maîtres des élans du cœur, semblent eux-mêmes relégués au chômage technique, incapables de rivaliser avec les exigences du marché. Les pouvoirs d’Aphrodite sont en veille prolongée, suspendus entre les archives du mythe et les contraintes du réel.
Pour l’heure, c’est l’emploi qui tient le rôle du prétendant le plus assidu. Le mariage attendra, le temps qu’il faudra