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Aux portes du Sahara, Nefta cultive une identité qui ne ressemble à aucune autre. Dans cette ville du Jérid, les palmiers côtoient les terres arides, les coupoles émergent au-dessus des maisons et les façades de briques gardent la mémoire d’un savoir-faire ancien. Mais c’est en prenant le temps de parcourir ses différents quartiers que Nefta révèle véritablement son caractère. Derrière les paysages qui attirent le regard se dessine une histoire étroitement liée à l’eau, à la vie de l’oasis et aux traditions qui ont façonné la cité au fil des générations. Une découverte, qui commence sur les hauteurs de la Corbeille, se poursuit à l’ombre des palmiers et conduit jusqu’aux ruelles de la vieille ville, là où chaque détail architectural apporte un nouvel éclairage sur le patrimoine du Sud tunisien.

La première rencontre avec la Corbeille donne le ton de cette escapade. Depuis les hauteurs, la vue plonge vers une vaste dépression naturelle où les palmiers forment une masse verdoyante au milieu d’un environnement dominé par les tons ocre et sable. Le contraste est saisissant. D’un côté, la terre sèche et les reliefs dénudés ; de l’autre, cette végétation qui rappelle combien l’eau a compté dans la naissance et le développement de la ville. La Corbeille, connue également sous le nom de Ras El Aïn, reste l’un des paysages les plus emblématiques de Nefta. Autrefois alimentée par de nombreuses sources, elle a longtemps constitué un point essentiel de l’irrigation de la palmeraie. Aujourd’hui, le site porte aussi les traces des difficultés rencontrées par les oasis, notamment face à la raréfaction de l’eau. Sa beauté n’en est que plus précieuse : elle rappelle qu’un tel paysage n’a rien d’éternel et que sa préservation exige une attention constante.

En descendant vers la palmeraie, le regard change d’échelle. Ce qui paraissait, depuis les hauteurs, n’être qu’une étendue verte devient un espace organisé, façonné par le travail des hommes et une connaissance patiente de la terre. Sous les grands palmiers-dattiers, d’autres arbres trouvent leur place, tandis que les cultures occupent les espaces les plus proches du sol. Cette superposition des plantations permet de tirer parti de l’ombre et de limiter l’exposition directe au soleil. Dans ces jardins, chaque niveau a son utilité. Le palmier protège, les arbres fruitiers occupent l’espace intermédiaire et les cultures basses profitent des conditions ainsi créées. Cette organisation traditionnelle témoigne d’un savoir-faire agricole transmis au fil des générations.

La palmeraie est aussi un lieu de travail, et c’est ce qui lui donne toute sa dimension humaine. Derrière les paysages qui attirent les visiteurs, il y a des parcelles à entretenir, des arbres à soigner, des récoltes à préparer et une ressource en eau qu’il faut gérer avec prudence. Les dattes, notamment la célèbre Deglet Nour, font partie de l’identité agricole du Sud tunisien. Mais l’avenir de ces espaces dépend aussi de la capacité à préserver les équilibres qui ont permis leur existence. À Nefta, la nature ne se contente pas d’embellir le paysage : elle conditionne depuis toujours la vie de la cité.

De retour vers le centre ancien, une autre découverte commence. La médina se parcourt sans précipitation, en acceptant de quitter parfois l’itinéraire prévu pour suivre une ruelle plus discrète. Dans le quartier d’Ouled Ech Cherif, les passages étroits et les constructions traditionnelles composent un ensemble où l’architecture conserve une véritable cohérence. Les murs en briques aux nuances de terre, les portes en bois et les passages couverts racontent une manière d’habiter adaptée aux fortes chaleurs. Les rues resserrées limitent l’exposition au soleil, tandis que les maisons préservent leur intimité derrière des entrées souvent sobres.

Il suffit de s’arrêter devant une façade pour comprendre que la simplicité apparente des constructions cache un travail minutieux. Les briques, disposées selon des agencements précis, dessinent des motifs géométriques qui donnent du relief aux murs. Des lignes se croisent, des formes se répètent et les ombres soulignent les détails au fil de la journée. À certaines heures, la lumière réchauffe les teintes ocre ; à d’autres, elle fait ressortir les différences entre les surfaces claires et les parties plus sombres. Cette architecture n’a pas été conçue pour répondre aux tendances du moment. Elle est née des matériaux disponibles, des contraintes climatiques et d’une longue expérience de la construction dans le Jérid.

Les portes méritent elles aussi que l’on s’y attarde. Certaines, marquées par le temps, portent les traces d’un usage quotidien et d’une histoire familiale dont elles restent les témoins silencieux. Le bois de palmier, présent dans certaines structures traditionnelles, rappelle le lien entre les habitations et la palmeraie. Ici, les ressources de l’environnement trouvent naturellement leur place dans la vie des habitants. Rien n’est spectaculaire au sens habituel du terme, mais les détails s’accumulent et finissent par donner à la promenade toute sa richesse.

Le patrimoine de Nefta ne se limite toutefois pas à ses maisons. La ville possède une importante tradition religieuse, visible à travers ses mosquées, ses mausolées et ses zaouïas. Les coupoles, blanches ou couleur de terre, ponctuent le paysage urbain et apparaissent parfois au-dessus des toits au détour d’une rue. La zaouïa de Sidi Bou Ali occupe une place particulière dans la mémoire spirituelle de la ville. La Grande Mosquée, connue sous le nom de mosquée Sidi Salem, compte également parmi les édifices qui témoignent de cette histoire. Ces lieux ne sont pas de simples éléments du décor : ils rappellent le rôle de Nefta comme centre religieux important du Sud tunisien et la place qu’y ont occupé les traditions soufies.

Dans cette ville, le patrimoine religieux se découvre aussi à travers son inscription dans le quotidien. Une coupole aperçue depuis une rue, une entrée discrète ou un édifice qui se détache au-dessus des maisons suffisent à attirer l’attention. Le paysage conserve ainsi une dimension spirituelle sans jamais se réduire à une succession de monuments. Il accompagne la promenade et donne à la vieille ville une silhouette particulière, reconnaissable entre toutes.

Au fil des ruelles, Nefta révèle également une identité artisanale et culturelle liée aux ressources de son territoire. Les objets réalisés à partir du bois de palmier, les productions locales et les gestes hérités des générations précédentes témoignent de cette relation étroite entre les habitants et leur environnement. Ce sont souvent ces détails, moins visibles dans les circuits touristiques rapides, qui donnent envie de prolonger la visite. Ils permettent de dépasser la simple contemplation des façades pour mieux comprendre la vie qui s’organise derrière elles.

Puis, à mesure que l’on s’éloigne des quartiers anciens, le désert revient dans le champ du regard. Il rappelle la situation particulière de Nefta, entre les terres cultivées et les vastes espaces arides du Sud-Ouest tunisien. Cette proximité donne à la ville son caractère, mais souligne aussi les défis auxquels elle doit faire face. La protection des ressources en eau, la sauvegarde des palmeraies et l’entretien des constructions anciennes sont autant de questions qui dépassent le seul enjeu touristique. Préserver Nefta, c’est maintenir vivant un ensemble où le patrimoine naturel, l’architecture et les pratiques humaines sont étroitement liés.

Samira Hamrouni

Equipe Rédaction La Presse de Tunisie - Responsable magazine la presse

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